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  • Criss-Cross and X braces

    Criss-Cross — [...] Ce que nous devons considérer dans le cas des peintres traditionnels ce n'est pas le fait qu'ils examinaient le monde avec des yeux de promoteurs immobiliers ; simple moyen comme n'importe quel autre, mais qu'ils ne s'éloignaient jamais du domaine du possible, quand bien même l'eurent-ils élargi. L'unique chose qu'ont perturbé les révolutionnaires [...] c'est un certain déplacement des possibles dans le réalisable.
    X braces —Quel autre plan peut-il y avoir pour le créateur ?
    Criss-Cross —Logiquement aucun. Cependant ! Je cause d'un art qui s'en écarte de dégout ; las de ses maigres exploits, fatigué de ses faux-semblants, las de ses compétences, fatigué d'accomplir au mieux la même vieille chose, las d'avancer le pas sur une route sans intérêt.
    X braces —Et préférant quoi ?
    Criss-Cross —De fait, l'expression qui n'exprime rien, rien avec quoi exprimer, rien à partir de quoi exprimer, aucun pouvoir d'exprimer, aucune volonté d'exprimer, tout en ayant l'obligation d'exprimer.
    X braces —Mais c'est un point de vue d'une extrême violence et personnel  qui ne nous aide pas dans la question [...]
    Criss-Cross —
    X braces —Peut-être est-ce suffisant pour aujourd'hui ? Free Translation d'un fragment des  "Trois dialogues" , texte de Samuel Beckett publié dans transition en 1949.

    Criss-Cross and Criss-Cross

    B. — [...] What we have to consider in the case of traditional painters is not that they surveyed the world with the eyes of building-contractors, a mere means like any other, but that they never stirred from the field of the possible, however much they may have enlarged it. The only thing disturbed by the revolutionaries Matisse and Tal Coat is a certain order on the plane of the feasible.

    D. — What other plane can there be for the maker?
    B. — Logically none. Yet I speak of an art turning from it in disgust, weary of its puny exploits, weary of pretending to be able, of being able, of doing a little better the same old thing, of going a little further along a dreary road.
    D. — And preferring what?
    B. — The expression that there is nothing to express, nothing with which to express, nothing from which to express, no power to express, no desire to express, together with the obligation to express.
    D. — But that is a violently extreme and personal point of view, of no help to us in the matter of Tal Coat.
    B. —
    D. — Perhaps that is enough for today. Englsh version three dialogues  by Samuel Beckett

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    Samuel Beckett Film

    © studio point to point XXI°


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  • Patrick Saytour 2013

    Le Monde et le Pantalon,

    LE CLIENT : Dieu a fait le monde en six jours, et vous, vous n’êtes pas foutu de me faire un pantalon en six mois.
    LE TAILLEUR : Mais, monsieur, regardez le monde, et regardez votre pantalon.

    Claude Caillol Circa 2004

    Pour commencer, parlons d’autre chose, parlons de doutes anciens,
    tombés dans l’oubli, ou résorbés dans des choix qui n’en ont cure, dans ce
    qu’il est convenu d’appeler des chefs-d’oeuvre, des navets et des oeuvres de
    mérite.
    Doutes d’amateur, bien entendu, d’amateur bien sage, tel que les pein-
    tres le rêvent, qui arrive les bras ballants et les bras ballants s’en va, la tête
    lourde de ce qu’il a cru entrevoir.
    9
    Quelle rigolade les soucis de l’exécutant, à côté des affres de l’amateur, que
    notre iconographie de quatre sous a gavé de dates, de périodes, d’écoles,
    d’influences, et qui sait distinguer, tellement il est sage, entre une gouache
    et une aquarelle, et qui de temps entemps croit deviner ce qu’il aime, tout
    en gardant l’esprit ouvert. Car il s’imagine, le pauvre, que rien de ce qui est
    peinture ne doit lui rester étranger. Ne parlons pas de la critique pro-
    prement dite. La meilleure, celle d’un Fromentin, d’un Grohmann, d’un
    McGreevy, d’un Sauerlandt, c’est de l’Amiel. Des hystérectomies à la
    truelle. Et comment en serait-il autrement ? Peuvent-ils seulement citer ?
    Quand Grohmann démontre chez Kandinsky des réminiscences du gra-
    phique mongol, quand McGreevy rapproche si justement Yeats de Wat-
    teau, où vont les rayons ? Quand Sauerlandt se prononce, avec finesse et
    – soyons justes – parcimonie, sur le cas du grand peintre inconnu qu’est
    10
    Bellmer, où cela retombe-t-il ? Das geht mich nicht an, disait Bellmer, que
    les écrits de Herr Heidegger faisaient cruellement souffrir. Il le disait fort
    modestement. Ou alors, on fait de l’esthétique gé-
    nérale, comme Lessing. C’est un jeu charmant.
    Ou alors on fait de l’anecdote, comme Vasari et Harper’s Magazine.
    Ou alors on fait des catalogues raisonnés, comme Smith.
    Ou alors on se livre franchement à un bavardage désagréable et confus.
    C’est le cas ici.
    Avec les mots on ne fait que se raconter. Eux-mêmes les lexicogra-
    phes se déboutonnent. Et jusque dans le confessionnal on se trahit.
    Ne pourrait-on attenter à la pudeur ailleurs que sur ces surfaces peintes
    presque toujours avec amour et souvent avec soin, et qui elles-mêmes sont
    des aveux ? Il semble que non. Les copulations contre nature sont très
    cotées, parmi les amateurs du beau et
    11
    du rare. Il n’y a qu’à s’incliner devant le savoir-vivre.
    Achevé, tout neuf, le tableau est là, un non-sens. Car ce n’est encore qu’un
    tableau, il ne vit encore que de la vie des lignes et des couleurs, ne s’est
    offert qu’à son auteur. Rendez-vous compte de sa situation. Il attend, qu’on
    le sorte de là. Il attend les yeux, les yeux qui, pendant des siècles, car c’est
    un tableau d’avenir, vont le charger, le noircir, de la seule vie qui compte,
    celle des bipèdes sans plumes. Il finira par en crever. Peu importe. On le ra-
    fistolera. On le rabibochera. On lui cachera le sexe et on lui soutiendra la
    gorge. On lui foutra un gigot à la place de la fesse, comme on l’a fait pour
    la Vénus de Giorgione à Dresde. Il connaîtra les caves et les plafonds. On
    lui tombera dessus avec des parapluies et des crachats, comme on l’a fait pour
    le Lurçat à Dublin. Si c’est une fresque de cinq mètres de haut sur vingt-cinq
    de long, on l’enfermera dans une serre à tomates, ayant préalablement eu le
    12
    soin d’en aviver les couleurs avec de l’acide azotique, comme on l’a fait
    pour le Triomphe de César de Mantegna à Hampton Court. Chaque fois
    que les Allemands n’auront pas le temps de le déménager, il se transfor-
    mera en champignon dans un garage abandonné. Si c’est un Judith Leyster,
    on le donnera à Hals. Si c’est un Giorgione et qu’il soit trop tôt pour le
    donner encore au Titien, on le donnera à Dosso Dossi (Hanovre). Monsieur
    Berenson s’expliquera dessus. Il aura vécu, et répandu de la joie.
    Ceci explique pourquoi les tableaux ont tellement meilleure mine au musée
    que chez le particulier.
    Ceci explique pourquoi Le Chef-d’oeuvre inconnu de Balzac est à tant
    de chevets. L’oeuvre soustraite au jugement des hommes finit par expirer,
    dans d’effroyables supplices. L’oeuvre considérée comme création pure, et
    dont la fonction s’arrête avec la genèse, est vouée au néant.
    Un seul amateur (éclairé) l’aurait
    13
    sauvée. Un seul de ces messieurs au visage creusé par les enthousiasmes
    sans garantie, aux pieds aplatis par des stations innombrables, aux doigts usés
    par des catalogues à cinquante francs, qui regardent d’abord de loin, ensuite
    de près, et qui consultent du pouce, dans les cas particulièrement épineux,
    le relief de l’impasto. Car il n’est pas question ici de l’animal grotesque et
    méprisable dont le spectre hante les ateliers, comme celui du tapir les tur-
    nes normaliennes, mais bien de l’inoffensif loufoque qui court, comme
    d’autres au cinéma, dans les galeries, au musée et jusque dans les églises
    avec l’espoir – tenez-vous bien – de jouir. Il ne veut pas s’instruire, le co-
    chon, ni devenir meilleur. Il ne pensequ’à son plaisir.
    C’est lui qui justifie l’existence de la peinture en tant que chose publique.
    Je lui dédie les présents propos, si bien faits pour l’obnubiler davantage.
    Il ne demande qu’à jouir. L’impossible est fait pour l’en empêcher.
    14

    Extrait du texte de de Samuel Beckett : Le Monde et le Pantalon

    - Le Monde et le Pantalon : écrit en français au début de 1945, à l'occasion des expositions d’Abraham et de Gerardus van Velde respectivement aux galeries Mai et Maeght. Première publication sous le titre « La peinture des van Velde ou Le monde et le pantalon », dans la revue Les Cahiers d’Art, 1945-1946, avec six reproductions noir et blanc d’Abraham van Velde et neuf de Gerardus. Son titre vient d’une plaisanterie reprise en 1957 dans Fin de partie et citée en exergue.

    Go Soft Philip 2012

    "J'ai dit tout ce que j'avais à dire sur la peinture des frères van Velde dans le dernier numéro des Cahiers d'art (à moins qu'il n'yen ait eu un autre depuis) . Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit à cet endroit. C'était peu, c'était trop, et je n'ai rien à y ajouter. Heureusement il ne s'agit pas de dire ce qui n'a pas encore été dit, mais de redire, le plus souvent possible dans l'espace le plus réduit , ce qui a été dit déjà." Sic Samuel Beckett. texte Peintres de l’empêchement Derrière le miroir  n° 11-12 , juin 1948.

    - Le Monde et le Pantalon : écrit en français au début de 1945, à l'occasion des expositions d’Abraham et de Gerardus van Velde respectivement aux galeries Mai et Maeght. Première publication sous le titre « La peinture des van Velde ou Le monde et le pantalon », dans la revue Les Cahiers d’Art, 1945-1946, avec six reproductions noir et blanc d’Abraham van Velde et neuf de Gerardus. Son titre vient d’une plaisanterie reprise en 1957 dans Fin de partie et citée en exergue - See more at: http://vitrine.edenlivres.fr/publications/38801-le-monde-et-le-pantalon-suivi-de-peintres-de-l-empechement#sthash.9WrgxnKq.dpuf
    - Le Monde et le Pantalon : écrit en français au début de 1945, à l'occasion des expositions d’Abraham et de Gerardus van Velde respectivement aux galeries Mai et Maeght. Première publication sous le titre « La peinture des van Velde ou Le monde et le pantalon », dans la revue Les Cahiers d’Art, 1945-1946, avec six reproductions noir et blanc d’Abraham van Velde et neuf de Gerardus. Son titre vient d’une plaisanterie reprise en 1957 dans Fin de partie et citée en exergue - See more at: http://vitrine.edenlivres.fr/publications/38801-le-monde-et-le-pantalon-suivi-de-peintres-de-l-empechement#sthash.9WrgxnKq.dpuf

    © 2014 by LES ÉDITIONS DE MINUIT
    pour la présente édition électronique.www.leseditionsdeminuit.fr
    ISBN : 9782707330512

    Là-Bas poèmes extrait de Peste soit de l’horoscope et autres poèmes de Samuel Beckett
    Lu par Laurent Natrella

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    Jean-Marc Andrieu 2013

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  • Ce qui Roule, That Which Rollls Rainer Ganahl Early Forms Of Rollin' Rock, 2008

    ALFRED JARRY
     Le Surmâle

    roman moderne

    I

    La manille aux enchères

    — L’amour est un acte sans importance, puisqu’on peut le faire indéfiniment.
    Tous tournèrent les yeux vers celui qui venait d’émettre une telle absurdité.


    II

    Le coeur ni à gauche ni à droite

    Sauf pour naître, André Marcueil n’eut d’abord point de contact avec la femme, étant allaité par une chèvre, comme un simple Jupiter.
    Jusqu’à douze ans, élevé, son père mort, par sa mère et une sœur aînée, il avait vécu une enfance d’une pureté méticuleuse — si le catholicisme a raison d’appeler pureté la négligence, sous la menace de peines éternelles, de certaines parties du corps.
    À douze ans, vêtu encore d’une blouse lâche et de culottes bouffantes, les jambes nues, il atteignit la solennité de sa première communion, et un tailleur lui prit mesure de son premier costume d’homme.
    Le petit André ne comprit pas très bien pourquoi les hommes — qui sont les petits garçons qui ont plus de douze ans — ne peuvent plus être habillés par une couturière… et il n’avait jamais vu son sexe.
    Il ne s’était jamais regardé que tout vêtu dans une glace, au moment de sortir. Il se jugea très laid sous le pantalon noir… et pourtant ses jeunes camarades étaient si fiers de l’inaugurer !
    Le tailleur, du reste, trouvait aussi que le costume de sa façon n’allait pas très bien. Quelque chose, au-dessous de la ceinture, faisait un gros pli disgracieux. Le tailleur chuchota quelques paroles embarrassées à la mère, qui rougit, et Marcueil perçut vaguement qu’il avait quelque difformité — sans quoi on n’aurait pas parlé de lui, en sa présence, à voix si basse —… qu’il n’était pas fait comme tout le monde.
    « Être fait comme tout le monde, quand il serait grand », devint une obsession.
    — À droite, disait le tailleur, mystérieusement, comme pour ne pas effrayer un malade. Sans doute entendait-il le cœur est à droite.
    Et pourtant, le cœur peut-il être, même chez les grandes personnes, au-dessous de la ceinture ?
    Le tailleur restait perplexe, lissant, sans penser à mal, l’endroit insolite avec son pouce.
    Réessayage le lendemain, après retouche, et sur nouvelles mesures, qui ne s’ajustèrent pas mieux.
    Car, entre à gauche et à droite, il y a une direction : au-dessus.
    André, de qui sa mère, comme toutes les mères nées et même les autres, voulait faire un soldat, se jura de ne plus être une cause de laissés-pour-compte chez les tailleurs, et calcula qu’il avait huit ans pour corriger sa difformité avant la honte de la dévoiler devant le conseil de révision.
    Comme il restait assidûment chaste, il n’eut point d’occasions de s’entendre dire si c’était vraiment une difformité.
    Et quand il en vint à connaître des filles — ce qui est rituel après le baccalauréat de rhétorique, et Marcueil avait une dispense d’un an, soit un an d’avance — les filles durent s’imaginer qu’il n’était, comme les hommes, « homme » que quelques instants, puisqu’il n’était monté chez elles que « pour un moment ».
    Pendant cinq ans, la prose de l’Église le hanta :
    Hostemque nostrum comprime…

    Pendant cinq ans, il mangea du bromure, but du nénuphar, tâcha à s’exténuer d’exercices physiques, ce qui n’aboutit qu’à le rendre très fort, se brida de lanières et coucha sur le ventre, opposant à la révolte de la Bête tout le poids de son corps dense de gymnaste.
    Plus tard, beaucoup plus tard, il réfléchit qu’il n’avait peut-être travaillé qu’à abaisser une force qui ne se serait point révélée si elle n’avait eu une destinée à accomplir.
    Par réaction, il eut alors, avec frénésie, des maîtresses, mais ni elles, ni lui ne goûtèrent de plaisir : c’était, de son côté, un besoin, si « naturel » ! et du leur, une corvée.
    Avec logique, il essaya des vices « contre nature », juste le temps d’apprendre, par expérience, quel abîme séparait sa force de celle des autres hommes.
    Sa mère mourut, et il trouva dans des papiers de famille la mention d’un ancêtre étrange, un peu son aïeul, quoique n’ayant point contribué à le procréer, son grand-oncle maternel, mort trop tôt et qui lui avait sans doute légué « ses pouvoirs ».
    A l’acte de décès était jointe une note d’un docteur dont nous reproduisons le style naïf et incorrect, et il était cousu de gros fil noir, un bout de linceul empesé de singulières macules.
    « Auguste-Louis-Samson de Lurance, mort le 15 avril 1849, à l’âge de vingt-neuf mois et treize jours, par suite de vomissure verte non interrompue ayant conservé jusqu’au dernier soupir une fermeté de caractère beaucoup au-dessus de son âge, l’imagination beaucoup trop féconde (sic) joint à cela son organisme trop précoce sous le rapport de certain développement, ont puissamment contribué aux regrets de douleur où il a plongé sa famille pour toujours. Que Dieu lui soit en aide ! »
    Dr (Illisible).



    III 

    C’est une femelle, mais c’est très fort

    — Vous dites du mal de l’eau ? s’étonna le docteur.

    IV

    Un petit bout de femme

    La femme qui entre a le même frou-frou que celle qui se déshabille.

    V

    La course des dix mille milles

    Poor papa paid Peter’s potatoes !
     

    VI

    L’alibi

    Mon cher docteur,

    Ne m’en voulez plus de mes « paradoxes » : l’Indien est trouvé. Aucun savant n’est plus digne que vous d’être son Théophraste, ni d’occuper ce que vous appeliez l’autre jour « une chaire dans le domaine de l’impossible ».
    Donc, venez ce soir.
    A. M


    VII

    Dames seules

    L’homme rouge n’avait pour vêtement qu’une femme nue prostrée en travers de sa poitrine et elle, n’avait pour voile qu’un masque de peluche noire.


    VIII

    L’ovule

    DIEU EST INFINIMENT PETIT.
    Qui prétend cela ? Non pas un homme assurément.
    Car l’homme a créé Dieu, du moins le Dieu auquel il croit, il l’a créé et ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme (ce sont des vérités acquises aujourd’hui) l’homme a créé Dieu à son image et à Sa ressemblance, agrandies jusqu’à ce que l’esprit humain ne pût concevoir de dimensions.
    Ce qui ne veut pas dire que le Dieu conçu par l’homme soit sans dimensions.
    Il est plus grand que toute dimension, sans qu’il soit hors de toute dimension, ni immatériel, ni infini. Il n’est qu’indéfini.
    Cette conception pouvait suffire, au temps un peu antérieur à celui où les deux peuples que nous appelons l’Adam et l’Ève furent tentés par les produits manufacturés des marchands qui avaient pour totem le Serpent, et durent travailler pour les acquérir.
    Nous savons maintenant qu’il y a un autre Dieu, qui, lui, a bien véritablement créé l’homme, qui réside au centre vivant de tous les hommes et qui est l’âme immortelle de l’homme.
    Théorème : Dieu est infiniment petit.

    IX

    L’Indien tant célébré par Théophraste

    — Aristote dit en ses Problèmes : Pourquoi cela n’aide-t-il pas à l’amour d’avoir les pieds froids ?
    Il lui récita des fables de Florian :
    Une jeune guenon cueillit
    Une noix dans sa coque verte…

    X Qui est-tu, être humain ?

    — Qui es-tu, être humain ?

    XI Et plus

    L’Indien, en réponse à tous les discours, fit, d’un tranquille signe de tête :
    — Non.

    XII

    O beau rossignolet

    La belle change encoore,
Ô beau rossignolet !
hé… hé… hé…
Au deuxièm’ tour de danse
La belle change enco-o-re.
    On entendait : hor-reux, quelque chose comme un barbarisme inquiétant. Au moment où l’être aux fleurs fit krr, la tête d’Ellen se renversa avec un petit râle qui n’était pas amoureux, et le Surmâle sentit la sienne tourner agitant ces associations d’idées insanes et ces mots inaccoutumés :
    —… horreux…
amoureux,

    XIII

    La découverte de la femme

    — Hélène,
    La plaine
    Hellène
    Est pleine
    D’amour.

    XIV

    La machine amoureuse

    — J’ai vu — aussi vrai que si je l’avais tenu sous le microscope ou le spéculum — j’ai vu, face à face, l’Impossible.




    Extrait d''après l'édition de la revue Blanche édition : 1902

    LE_SURMALE-ROMAN_MODERNE-ALFRED_JARRY-Texte-Edition-1902.PDF

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    TeaCupDick, Porcelaine, Artiste Rainer Ganahl

    Ganahl.info/Alfred Jarry

    gallica.bnf

    Alfred Jarry Œuvres Numerisées les amis du poète

    Dieu est par définition inétendu, mais il nous est permis, pour la clarté de notre énoncé, de lui supposer un nombre quelconque, plus grand que zéro, de dimensions, bien qu’il n’en ait aucune, si ces dimensions diaraissent dans les deux membres de nos identités. Nous nous contenterons de deux dimensions, afin qu’on se repré- sente aisément des figures de géométrie plane sur une feuille de pa- pier.
    Symboliquement on signifie Dieu par un triangle, mais les trois Personnes ne doivent pas en être considérées comme les sommets ni les côtés. Ce sont 1es trois hauteurs d’un autre triangle équila- téral circonscrit au traditionnel. Cette hypothèse est conforme aux révélations d’Anne-Catherine Emmerich, qui vit la croix (que nous considérerons comme symbole du Verbe de Dieu) en forme d’Y, et ne l’explique que par cette raison physique, qu’aucun bras de longueur humaine n’eût pu être étendu jusqu’aux clous des branches d’un Tau.
    Donc, P :


    Gestes et Opinions du docteur Faustroll Pataphysicien, roman néo scientifique suivi de Sp&culations

    Alfred-Jarry. Édition 1911.pdf

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  • Raymond Roussel Portrait

    Je me suis toujours proposé d’expliquer de quelle façon j’avais écrit certains de mes livres (Impressions d’Afrique, Locus Solus, l’Étoile au Front et la Poussière de Soleils).

    Il s’agit d’un procédé très spécial. Et, ce procédé, il me semble qu’il est de mon devoir de le révéler, car j’ai l’impression que des écrivains de l’avenir pourraient peut-être l’exploiter avec fruit.

    Très jeune j’écrivais déja des contes de quelques pages en employant ce procédé.

    Je choisissais deux mots presque semblables (faisant penser aux métagrammes). Par exemple billard et pillard. Puis j’y ajoutais des mots pareils mais pris dans deux sens différents, et j’obtenais ainsi deux phrases presque identiques. Comment j’ai écrit certains de mes livres.

    Comment_jai_ecrit_certains_de_mes_livres_de_Raymond-Roussel-Texte.pdf


    Raymond Roussel, vers 1900,  avec sa mère et un amie au café de Kaiserpark à Karlsbad, vers la station thermale: Karlovy Vary, en République Tchèque.

    La-doublure-Raymond-Roussel-Texte-Livre.pdf

    De la chambre voisine. Ornant la cheminée,
    Une pendule dont on voit le balancier
    Est arrêtée ; un homme est en train de scier
    Un tronc d’arbre dessus ; le sujet est en bronze
    Doré ; fixes, les deux aiguilles au chiffre onze,
    L’une sur l’autre, font très peu d’angle ; un seul trou
    A droite du cadran, assez en bas, par où
    L’on introduit la clé pour remonter, est sombre ;
    Le bout de fer carré, seul, luit un peu dans l’ombre ;
    Au milieu le nom d’un horloger ne se lit
    e de tout près, très fin.

    Raymond Roussel dans le décor, avec la pioche et une lanterne de mineur, de Berchtesgaden vers 1926

    Dans son regard perdu, problématique, on lit
    Sans avoir besoin d’être un devin ce qu’il pense
    De l’aptitude ainsi que de l’intelligence
    Du bavard  ; il ne voit pas qu’on ait là de quoi
    S’aarder  ; il refuse aussi d’ajouter foi
    Aux balivernes sans raison d’être, aux sornees
    D’un homme qui n’a pas de ressources bien nees
    Dans la cervelle  ; il a dès longtemps renoncé
    A la discussion  ; il s’est bien enfoncé
    En s’asseyant sur le parapet  ; il préère
    Être à son aise en tous cas  ; le gros, au contraire,
    Est incommodément installé sur le bord
    Sans nul sybaritisme et sans aucun confort  ;
    Soutenant seule son équilibre, la pointe
    De son pied droit baissée et repliée est jointe
    Au sol  ; il se démène et se fait l’avocat
    D’un point foncièrement épineux, délicat,
    Dont l’importance grave, incontestable, échappe
    Aux autres  ; sûr de sa bonne cause, il se tape
    Avec le bout des doigts dressés le bas du front,
    En homme que la pure évidence confond,
    Tant elle est absolue et tant la preuve éclate  ;
    Il harcèle ses deux compagnons et se flae
    De dissiper leur doute et de les convertir
    A la doctrine qu’il a, sans se départir
    De l’exposé déjà donné ni du système
    De ces déductions lumineuses qu’il aime
    Et dont il s’évertue à montrer la valeur.

    La_vue_de_Raymond-Roussel-Texte-Livre.pdf

    Ainsi mis par lui-même, de façon saisissante, en possession de la stricte obligation voulue, le prisonnier, commençant sur l'heure, se conforma, sans fléchir, à sa ligne de conduite, trouvant à souhait l'oubli dans ses arides exercices de mémoire.
    Trois semaines avant la date fatale, il crut rêver, …

    Locus-Solus-Raymond-Roussel-Texte-Livres.pdf

    Resté à l'écart pendant la fougueuse randonnée, Không-dêk-lèn,
    voyant le calme rétabli, se mit à poursuivre comme une balle fugace
    la resplendissante sphère solaire, qu'en joueur espiègle et doux il
    gratifiait incessamment de gracieux coups de pattes.
    Pendant que nos yeux captivés allaient de Faustine aux ludions, du
    chat folâtre aux hippocampes, le maître nous parlait du diamant et
    de son contenu.

     

    Raymond Roussel - Enfance déguisement, servante et prince

    Roulotte de Raymond Roussel et article Touring Club

    Impressions d'Afrique de  Raymond Roussel Texte Livre

    Sur le point d’atteindre l’extrémité de l’esplanade, les fils de l’empereur, dirigés par Rao,tournèrent à droite pour longer le côté nord du vaste quadrilatère ; parvenus à l’angle opposé, ilsévoluèrent une seconde fois et redescendirent vers nous, tandis que le défilé, toujours alimenté àsa source par de nombreuses cohortes, suivait exactement leurs traces.À la fin, les derniers guerriers noirs ayant fait leur entrée au moment où l’avant-garde enfantinetouchait la limite sud, Rao fit dégager les abords de l’autel, et tous les nouveaux venus semassèrent en bon ordre sur les deux faces latérales, le visage tourné vers le point central de la place.

    Michel Foucault parle sur Raymond Roussel 1962

    Raymond Roussel 1877 1933

    Raymond Roussel - L'homme des bois

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    A part of the work Autoportrait du bureau d'écriture avec ses écrits même by BlackBookBlack.

    Page qui court © Point to Point Studio


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  • L'immortel. Jorge Luiz Borges, Portrait  Bleu Point to point Studio

    L'immortel I . Jorge Luis Borges, Portrait Brun Point to Point Studio

    L'immortel II . Jorge Luiz Borges, Portrait Jaune Point to Point Studio

    L'immortel II. Jorge Luis Borges, Portrait Rouge Point to Point Studio

    L'immortel III . Jorge Luiz Borges, Portrait Violet Point to Point Studio

    L'immortel IV . Jorge Luis Borges, Portrait Cyan Point to Point Studio

    L'immortel V. Jorge Luiz Borges, Portrait Vert Point to Point Studio

    Roger Caillois, Jorge Luis Borges, Portrait. Point to point Studio

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    Drawing, dessin by de Jorge Luis Borges collection C. Jared Loewenstein USA

    Jorges Luis Borgès vidéos repère biographique

    L-immortel-Jorge-Luis-Borges-Point-to-Point-Studio.pdf

    Photos  Sara Facio Borges 1968


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  • Henrik Ibsen marchant sur Amagertorv Christiana vue Carl Stormer circa 1895

    Henrik Ibsen quelques traductions de textes extraits du net.

    Ibsen-Henrik-Peer-Gynt.pdf  novembre 1867 Peer Gynt BNF

    Ibsen-Henrick-Une-maison-de-poupée.pdf 1879

    Ibsen-Henrick-Le-Canard-sauvage.pdf 1884

    Ibsen-Henrick-Hedda-Gabler.pdf 1880

    Ibsen-Henrik-Solness-le-constructeur.pdf 1892


    L'EIDER

    L’eider habite la Norvège
    Et c’est dans les fjords sombres

    Qu’il dépouille sa poitrine de son duvet moelleux
    Pour édifier son nid et le rendre chaud.

    Mais le pêcheur du fjord, de son bâton noueux,
    Va détruire le nid et en arrache jusqu’au dernier flocon.

    Alors de nouveau l’oiseau dénude sa poitrine
    Et le pêcheur recommence son œuvre cruelle.

    L’oiseau capitonne encore son nid dans un endroit plus sauvage,
    Mais s’il est pillé une troisième fois !…

    Henrik Ibsen traduction de Colleville et Zepelin


    AVEC UN LYS D"EAU

    Vois, mon amie, ce que j’apporte :
    la fleur ailée de blanc. Portée
    par les calmes courants, flottant
    lourde de rêves au printemps.

    Si tu veux l’emmener chez toi,
    mets-la sur ton sein, mon amie,
    dès lors sous sa feuille se cache
    une onde profonde et calme.

    Mais prends garde, enfant, au courant,
    c’est dangereux, de rêver là ;
    l’ondin fait mine de dormir
    et les lys d’eaux jouent au-dessus.

    Enfant, ton sein est le courant.
    C’est dangereux de rêver là ;
    les lys d’eaux jouent là, au-dessus,
    l’ondin fait mine de dormir.


    AVEC UN NÉNUPHAR

     Vois, ma chère âme, ce que j’apporte,
    La fleur aux ailes d’argent :
    Sur le flot en silence la vague
    La berçait, rêveuse, dans le printemps.

    Veux-tu la rapporter à la maison ?
    Attache la fleur sur ton sein, chérie !
    Derrière ses pétales, alors sera voilée
    Profonde et silencieuse, une vague.

    Enfant, prends garde au flot du petit lac.
    De rêver là, oh quel péril !
    L’ondin simule le sommeil.
    Au-dessus les lis badinent.

    Ton sein, enfant, est le flot du petit lac.
    De rêver là, oh quel péril !
    Au-dessus les lis badinent.
    L’ondin simule le sommeil !



    BERCEUSE DE SOVEIG

    dors mon trésor, mon petit garçon,
    Je te bercerai et te veillerai,
    fredonnant des berceuses de tant de tendresse emplies
    dont tu puisses te souvenir tout au long de ta vie.
    Que mon cœur de mère te garde des ennuis,
    Tout au long de ta vie.
    Ô ciel, que règne la joie !
    Sache que dans la détresse, mon cœur t’accueillera,
    Tout au long de ta vie.
    dors mon trésor, mon petit garçon,
    Je te bercerai et te veillerai, Je te bercerai et te veillerai.
    dors mon trésor, mon petit garçon.


    Ibsen Henrik, portrait à Christina, Norvège, Photo Carl Størmer circa 1895

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    Chronologie Henrik Ibsen

    Henrik Ibsen Dramaturge

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  • RODEO VIDEO from Pointto Point on Vimeo.

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  • Chef illustrée*

    Chef: Extrémité de matière que l'on reconnaît comme le point culminant à des gens de moindre ou haute taille. Placé à l'entre jambes ou au dessus du tronc qui sont les lieux de ses résidences principales, il se couvre: en hiver d'un chapeau, en été d'un chapeau, par temps de guerre d'une capote, en temps de concupiscence d'une capote. En France, sa fonction est de recevoir le "bonjour chef" des commerçants de son quartier (à Paris on prononce Cartier).

    Ses synonymes sont de santé fragile. Roi que l'on décapite (Louis XVI), chef d'orchestre sans partition (Cage), président que l'on fusille, dictateur que l'on fusille (Ceaușescu), patron qu'on limoge, maître queux émasculé par l'ivoire du guépard (hijras), colonel qu'on Généralise, Cuisinier dont les étoiles tombes (Pourcel)… de quoi rassurer à 87% l'épicrâne des des futurs capots, mais pas leur semelle gauche (tictac cordonnerie)

    ElDICTATOR

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    *La chouette et le chien fêtent leur rencontre…, alliant style et non-style, bêtes et esprits occupent une place conceptuelle importante sur l'étagère de la cuisine… Des artistes des années 1970 à aujourd'hui modifient parfois la rencontre.
    *The owl and the dog celebrate their meeting, allying style and non-style, animals and spirits occupy an important abstract place on the shelf of the kitchen … Artists of the 1970s in today sometimes change the game.
    Luciano Fabro video testo

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  • Dante Songe

    Dans ce second sommeil j’eus ce terrible songe :

    Il me semblait que j’étais étendu sur la terre, en dehors de ma muraille, à la place où je me trouvais quand après le tremblement de terre éclata l’ouragan, et que je voyais un homme qui, d’une nuée épaisse et noire, descendait à terre au milieu d’un tourbillon éclatant de lumière et de feu. Il était de pied en cap resplendissant comme une flamme, tellement que je ne pouvais le fixer du regard. Sa contenance était vraiment effroyable : la dépeindre par des mots serait impossible. Quand il posa le pied sur le sol la terre me parut s’ébranler, juste comme elle avait fait lors du tremblement, et tout l’air sembla, en mon imagination, sillonné de traits de feu.

    À peine était-il descendu sur la terre qu’il s’avança pour me tuer avec une longue pique qu’il tenait à la main ; et, quand il fut parvenu vers une éminence peu éloignée, il me parla, et j’ouïs une voix si terrible qu’il me serait impossible d’exprimer la terreur qui s’empara de moi ; tout ce que je puis dire, c’est que j’entendis ceci :

      - « Puisque toutes ces choses ne t’ont point porté au repentir, tu mourras ! » - À ces mots il me sembla qu’il levait sa lance pour me tuer.
    Que nul de ceux qui liront jamais cette relation ne s’attende à ce que je puisse dépeindre les angoisses de mon âme lors de cette terrible vision, qui me fit souffrir même durant mon rêve ; et il ne me serait pas plus possible de rendre l’impression qui resta gravée dans mon esprit après mon réveil, après que j’eus reconnu que ce n’était qu’un songe.

    Daniel Pose

    En juillet 1703 juillet le pamphlétaire anglais Daniel Defoe (1659/1731) est condamné par la Chambre des Communes pour avoir par son écrit "Le Moyen le plus rapide d’en finir avec les dissidents", écrit en faveur de la liberté de la presse et de conscience ayant fomenté les émeutes de Sacheverell (un théologien conservateur). Il assuma les trois expositions au pilori avant d'être enfermé à la prison de Newgate où il fonda l'hebdomadaire "Weekly Review"… Son exceptionnel et célèbre roman "anglais" sera publié en 1719… Lire bio Daniel-Defoe-biographie.pdf

    Une Ziegfeld Follies de1932. Mister Robinson Kreutznaer par Doug Fairbanks
     

    LA_VIE_DE_ROBINSON_CRUSOE_PAR_DANIEL_DEFOE.pdf À LIRE-RELIRE 

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  • Jean Suquet - Fragments discours amoureux, photo extraite de Pierre Vive Point to Point Studio .


    En choisissant que chaque page reflète une de ces flaques de lune qui hallucinent sa fière intelligence, Roland Barthes laisse penser qu'il est bel et bien amoureux durant l'écriture de se livre. Il l'affirme même pour commencer : "c'est donc un amoureux qui parle et qui dit :". Mais ces lèvres qui rêvent d'une parole immédiate, vorace comme un baiser, n'osent pas croire qu'elles boivent à la source ni qu'elles déchiffrent le plaisir pour la première fois. Trop de culture fait de l'amour une longue mémoire. Trop d'ancêtres dont il faut s'autoriser hantent la voix. Plus que de plaire à l'être aimé, ce discours a d'abord le souci, Narcisse à la source, de ne pas déplaire à Werther, revenant inattendu qu'on rencontre toutes les dix phrases, Werther, pleure,  Nietzsche rit, Freud tranche seul sage un moine zen n'a pas lu tous les livres. Souvent l'analyse séduit, une lumière s'aiguise, un point se révèle exquis. Mais ce qu'on espère des mots quand ils brûlent d'amour, qu'ils fassent perdre la tête,  ce feu ne nous enflamme pas. Jean Suquet.

     

    Fragments d'un discours amoureux. Roland Barthes, Décembre 1977, Éditions du Seuil, 1977 Tel Quel, Paris

    LECTURES CHOISIES, EXTRAIT 094

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  • Cheval de Bataille. Point to Point Studio

    Le bleu du ciel c'est "l'azur qui est du noir", ce sont les mouches de mort qui vont fondre en bombes sur les villes déchiquetées, qui vont bourdonner derrière la vitrine spectrale, fantasmatique, des charniers. Mais en 1936 personne encore ne le sait. Quelques-uns devinent à demi-mots. À travers la fièvre de sang, avarié, dans le séisme de ses vomissements, à la pointe des aiguilles tétaniques de sa lucidité, Bataille, voit monter sur l'horizon une nuée innommable. Il en décrit l'ombre qu'elle porte sur sa page blanche. Puis il attend vingt ans avant de publier ce manuscrit malade, écœurant, mal construit, éblouissant. Car bleu a trempé dans l'étymologie d'éblouir. Le bleu du ciel reste sans doute le plus total de tous les de tous les livres de Bataille. Jean Suquet.

    Novembre 1985, Édition Jean-Jacques pauvert 1957. Paris : UGE 1985.  185 pages Collection 10/18 ; 465 ISBN 2- 26400097-X 

    LECTURES CHOISIES EXTRAIT 840[19]848

    Anus Solaire [Poem by Georges Bataille] from Wild Worm WebAnus Solaire Poem by Georges Bataille

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    Georges Bataille Documents

    Georges-Bataille-bibliographie.pdf

    Blue of Noon

    Portrait, Georges Bataille

    Bataille, Foucault, Michaux, Video, Playlist clic Here

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  • Howard Phillips Lovecraft, né le 20 août 1890 et mort le 15 mars 1937

    Le Cas LOVE CRAFT

    Lovecraft - A. Une vie Une œuvre France Culture 2007

    Lovecraft -B. Une vie Une œuvre France Culture 2007


    Lovecraft -C. Une vie Une œuvre France Culture 2007


    Lovecraft -D. Une vie Une œuvre France Culture 2007


    Lovecraft -E. Une vie Une œuvre France Culture 2007


    Lovecraft -F. Une vie Une œuvre France Culture 2007

    Texte Lovecraft

    texts Lovecraft

    Hôpital Psychiatrique

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  • Bernard Marcadé, Jean Suquet au Crac LR, conférence été 2006 Point to point Studio


    Les reposoirs de la procession: Volume 1, la rose et les épines du chemin et autres textes

    Les choses de notre monde, fracas des apparences, ne sont en réalité que des masques, que vêtements flous et changeants des idées qui les habitent ! Le travail du poète consiste à déshabiller l'idée. Or une idée nue s'évapore sur le champ au risque de se perdre dans les nuées. Le travail du poète exige dans le même temps de rhabiller l'idée qu'il eut un instant le bonheur de voir nue dans les dentelles de son écriture. Et cette neuve vêture, il la coud à grands coups de cette aiguille fulgurante : l'image, Saint-Pol-Roux a théorisé des mises à nu, et leurs éclairs, cicatriciels, pensée traditionnelle héritée de Platon, de Novalis, de Nerval, et partagée par les symbolistes contemporains, sous le nom d'idéoréalisme. Prêtons l'oreille à de fruiteuses jouissances, car l'idée "sur l'orteil, nichons de proue, publique, se cambre, à poils… un sifflet de vipère entre ses lèvres de cerise". Jean Suquet
    Mars 1998 numéro 546 Édition établie par Jacques Goorma, chronoligie et notes par Alistair Whyte, Paris Gallimard, 1997, 326 pages-Poésie 315. Ghronol Biblliographie

    LECTURES CHOISIES EXTRAIT 546

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     Saint-Pol-Roux

    Jean Suquet Documents Point to Point Studio

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  • Capture Pointtopoint Studio "Boris"

    Cantilènes en gelée.
    Les voici revenus manuscrits manu mirlitoni les cantilènes, pleins de pleins et de déliés, à lire au vif de leurs jambage. En caressant du coin de l'œil les dessins des seins et des sexes qui avaient vu le jour, en 1949, quasi sous le manteau. Ça fleure l'encre fraîche et la chair crue. Noël Arnaud nous postface l'histoire de ce mince recueil de poèmes, depuis longtemps introuvable, que Boris Vian improvisa entre deux hoquets de trompette. La trompette rit jaune et son cuivre se réveille vert-de-gris. La tendresse amadoue par moments de fugitives sonorités en mal d'enfance. Mais tout de suite la chanson tourne à l'aigre, la mort montre les dents : " Des tripotées / D'oiseaux sans ailes ni sans eau / poussaient des cris d'échiran…" Jean Suquet.
    Mars 1979 numéro 129 Numéro Spécial de la revue Obliques VII Illustrée par Christiane Alananore. N° [7], 1978, 60 pages. ôstface Noël Arnaud [ « Boris Vian, Cantilènes en gelée » 26110 Nyons B.P n°1 - Les  Piles Roger Borderie.

    LECTURES CHOISIES EXTRAIT 129

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    Boris vian Textes Pdf

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  • Illustration:  Affiche exposition Jean Suquet 2002 à la Cétoine dorée point to point studio


    On fait de la Photomacrographie chaque fois qu'en appliquant son œil au viseur d'un reflex des familles on voit, non pas la tour Eiffel rapetissée à l'échelle d'un timbre-poste, mais, grandeur nature, un cétoine dorée au cœur de ses ivresses dans le calice d'une fleur. Un coléoptère d'or vert ou les bijoux de la marié, chaque fois que d'une chose petite il faut faire une grande image, cela suppose que l'on allonge le tirage de l'objectif, affûte le diaphragme, prolonge le temps de pose, que l'on fasse rebondir le soleil sur des réflecteurs habillement orientés  afin de souligner la composition par des ombres portées jolies et légères, bref, que l'on mette en œuvres une technique point trop sorcière mais riche d'un éventail de tours de mains auquel Gérard Betton initie dans son excellent manuel. Jean Suquet.
    Octobre 1977 [article 85] Gérard Betton, la Photomacrographie. P.U.F. 1976 128 pages Illustrées, Que Sais-je.

    LECTURES CHOISIES EXTRAIT 227

    "je vais pas plus loin que le bout de mon nez" sic J. Suquet

    Booksgoogle

    Publication du livrre de Jean Suquet LECTURES CHOISIES en cours © studio point to point and From Point to Point XXI°

    Photo de Jean Suquet sic les bijoux de la marié, chaque fois que d'une chose petite il faut faire une grande image. circa 1970


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  • Illustration, Jean Suquet, Plans du Grand Verre, Photographie Étant données… Et captures écrans.

    Quand un magazine de télé qui tire à millions décerne son grand prix du roman noir à un polar sous une couverture de bibliothèque de gare… Il faut faire attention qu'un train peut en cacher un autre. C'est écrit vif, vite, net. La remontée de la rue Saint-Denis, la griserie de la grisaille, ses filles haut-troussées jusqu'à la tire-lire, sont la première fête où nous entraîne un ex-enfant de Mai qui fait le photographe. Retour par le canal Saint-Martin parce qu'il faut toujours deux seins pour faire une femme. Nous glandons de concert avec un gang de 9, neuf, célibataires qui machinent leurs coups dans une librairie à l'enseigne de "la brouyeuse de chocolat", sous le haut commandement de Rose-la-Pute, la jolie rousse en bas résille, qui les envoie à la mort jouer les preneurs d'otages au 3ieme étage de Beaubourg… Tout le monde a deviné l'œuvre la plus énigmatique, la plus originale du siècle sous un déguisement de bande dessinée : le Grand Verre de Marcel Duchamp. Prière de toucher : "la Vierge-Mariée" est nue, les seins lourds, la bouche humide. Ici et maintenant. Comme sa descente sur terre en passe par une révélation photographique l'essentiel du Grand Verre, la transparence, n'apparaît au tirage que sous la forme d'un grand noir, mais c'est le fond rêvé pour déclarer sa flamme. De gaz d'éclairage en chute de reins, ou de riens, de rues en rue, de clin d'œil en clins d'yeux, Dieu – mille excuses, la Déesse! – a reconnu Vilar pour un des siens. Jean Suquet.
    Novembre 1982, [article 227] Jean François Vilar, C'est toujours les autres qui meurent. Paris A.Fayard 1982. 277 pages (Fayard/Noir) ISBN 2-213-01122-2

    LECTURES CHOISIES EXTRAIT 227

    Publication du livrre de Jean Suquet LECTURES CHOISIES en cours © studio point to point and From Point to Point XXI°

    Jean François Vilar Apostrophes Pivot Tv 1985. Capture Point to Point Studio

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    JEAN-FRANÇOIS VILAR, 95% DE RÉEL Extrait

    Film de Pierre-André Sauvageot. Image : Joseph Brettrager. Son : Stéphane Kayler. Montage : Christine Monge. Musique originale : Serge Paget. Une production Périfilms. Avec le soutien de Périphérie / centre régional de création cinématographique / partenaire du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis.

    Portrait de l'homme et de l'écrivain, JF Vilar à travers la chronique d'une écriture en cours, en l'accompagnant là, où jour après jour, il construit son oeuvre. Paris où il écrit le plus souvent. Prague, qui l'inspire depuis toujours et où il a situé l'intrigue de son roman. Terezin, ville ghetto, ancien camp de concentration et antichambre d'Auschwitz, où est née l'envie d'écrire.

    Actes sud livres Jean François Vilar

    Pierre-André Sauvageot Commande du DVD Jean-François Vilar

    Marcel Duchamp Le grand Fictif Jean Clair

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  • FUSÉES

    I
    Quand même Dieu n'existerait pas, la Religion serait encore Sainte et Divine.
    Dieu est le seul être qui, pour régner, n'ait même pas besoin d'exister.
    Ce qui est créé par l'esprit est plus vivant que la matière.
    L'amour, c'est le goût de la prostitution. Il n'est même pas de plaisir noble qui ne puisse être ramené à la Prostitution.
    Dans un spectacle, dans un bal, chacun jouit de tous.
    Qu'est-ce que l'art ? Prostitution.
    Le plaisir d'être dans les foules est une expression mystérieuse de la jouissance de la multiplication du nombre.
    Tout est nombre. Le nombre est dans tout. Le nombre est dans l'individu.
    L'ivresse est un nombre.
    Le goût de la concentration productive doit remplacer, chez un homme mûr, le goût de la déperdition. -
    L'amour peut dériver d'un sentiment généreux : le goût de la prostitution ; mais il est bientôt corrompu par le goût de la propriété.
    L'amour veut sortir de soi, se confondre avec sa victime, comme le vainqueur avec le vaincu, et cependant conserver des privilèges de conquérant.
    Les voluptés de l'entrepreneur tiennent à la fois de l'ange et du propriétaire.
    Charité et férocité. Elles sont même indépendantes du sexe, de la beauté et du genre animal.
    Les ténèbres vertes dans les soirs humides de la belle saison.
    Profondeur immense de la pensée dans les locutions vulgaires, trous creusés par des générations de fourmis.
    Anecdote du chasseur, relative à la liaison intime de la férocité et de l'amour.

    II
    De la féminéité de l'Eglise, comme raison de son omnipuissance.
    De la couleur violette (amour contenu, mystérieux, voilé, couleur de chanoinesse).
    Le prêtre est immense parce qu'il fait croire à une foule de choses étonnantes.
    Que l'Église veuille tout faire et tout être, c'est une loi de l'esprit humain.
    Les peuples adorent l'autorité.
    Les prêtres sont les serviteurs et les sectaires de l'imagination.
    Le trône et l'autel, maxime révolutionnaire.
    E. G. ou la séduisante aventurière
    Ivresse religieuse des grandes villes. - Panthéisme. Moi, c'est tous ; Tous, c'est moi.
    Tourbillon.

    III
    Je crois que j'ai déjà écrit dans mes notes que l'amour ressemblait fort à une torture ou à une opération chirurgicale. Mais cette idée peut être développée de la manière la plus amère. Quand même les deux amants seraient très épris et très pleins de désirs réciproques, l'un des deux sera toujours plus calme ou moins possédé que l'autre. Celui-là, ou celle-là, c'est l'opérateur, ou le bourreau ; l'autre, c'est le sujet, la victime.
    Entendez-vous ces soupirs, préludes d'une tragédie de déshonneur, ces gémissements, ces cris, ces râles ? Qui ne les a proférés, qui ne les a irrésistiblement extorqués ? Et que trouvez-vous de pire dans la question appliquée par de soigneux tortionnaires ? Ces yeux de somnambule révulsés, ces membres dont les muscles jaillissent et se roidissent comme sous l'action d'une pile galvanique, l'ivresse, le délire, l'opium, dans leurs plus furieux résultats, ne vous en donneront certes pas d'aussi affreux, d'aussi curieux exemples. Et le visage humain, qu'Ovide croyait façonné pour refléter les astres, le voilà qui ne parle plus qu'une expression d'une
    férocité folle, ou qui se détend dans une espèce de mort. Car, certes, je croirais faire un sacrilège en appliquant le mot : extase à cette sorte de décomposition.
    - Épouvantable jeu où il faut que l'un des joueurs perde le gouvernement de soi-même !
    Une fois il fut demandé devant moi en quoi consistait le plus grand plaisir de l'amour. Quelqu'un répondit naturellement : à recevoir, - et un autre : à se donner.
    - Celui-ci dit : plaisir d'orgueil ! - et celui-là : volupté d'humilité ! Tous ces orduriers parlaient comme l'Imitation de Jésus-Christ. - Enfin il se trouva un impudent utopiste qui affirma que le plus grand plaisir de l'amour était de former des citoyens pour la patrie.
    Moi je dis : la volupté unique et suprême de l'amour gît dans la certitude de faire le mal. - Et l'homme et la femme savent de naissance que dans le mal se trouve toute volupté.

    IV
    PLANS. PROJETS
    - La Comédie à la Silvestre.
    Barbara et le Mouton.
    - Chenavard a créé un type surhumain.
    - Mon voeu à Levaillant.
    - Préface, mélange de mysticité et d'engouement.
    Rêve et théorie du Rêve à la Swedenborg.
    La pensée de Campbell (the Conduct of Life).
    Concentration.
    Puissance de l'idée fixe.
    - La franchise absolue, moyen d'originalité.
    - Raconter pompeusement des choses comiques.
    FUSÉES. SUGGESTIONS
    Quand un homme se met au lit, presque tous ses amis ont le désir secret de
    le voir mourir ; les uns pour constater qu'il avait une santé inférieure à la leur ; les autres dans l'espoir désintéressé d'étudier une agonie.
    Le dessin arabesque est le plus spiritualiste des dessins.

    V
    SUGGESTIONS
    L'homme de lettres remue des capitaux et donne le goût de la gymnastique intellectuelle.
    Le dessin arabesque est le plus idéal de tous.
    Nous aimons les femmes à proportion qu'elles nous sont plus étrangères.
    Aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste. Ainsi la bestialité exclut la pédérastie.
    L'esprit de bouffonnerie peut ne pas exclure la charité, mais c'est rare.
    L'enthousiasme qui s'applique à autre chose que les abstractions est un signe de faiblesse et de maladie.
    La maigreur est plus nue, plus indécente que la graisse.

    VI
    - Ciel tragique. Épithète d'on ordre abstrait appliqué à un être matériel.
    - L'homme boit la lumière avec l'atmosphère. Ainsi le peuple a raison de dire que l'air de la nuit est malsain pour le travail.
    - Le peuple est adorateur-né du feu.
    Feux d'artifice, incendies, incendiaires.
    Si l'on suppose un adorateur-né du feu, un Parsis-né, on peut créer une nouvelle.
    Les méprises relatives aux visages sont le résultat de l'éclipse de l'image réelle par l'hallucination qui en tire sa naissance.
    Connais donc les jouissances d'une vie âpre ; et prie, prie sans cesse. La prière est réservoir de force. (Autel de la volonté. Dynamique morale. La
    sorcellerie des sacrements. Hygiène de l'âme).
    La Musique creuse le ciel.
    Jean-Jacques disait qu'il n'entrait dans un café qu'avec une certaine émotion. Pour une nature timide, un contrôle de théâtre ressemble quelque peu au tribunal des Enfers.
    La vie n'a qu'un charme vrai ; c'est le charme du Jeu. Mais s'il nous est indifférent de gagner ou de perdre ?

    VII
    SUGGESTIONS
    Les nations n'ont de grands hommes que malgré elles, - comme les familles. Elles font tous leurs efforts pour n'en avoir pas. Et ainsi, le grand homme a besoin, pour exister, de posséder une force d'attaque plus grande
    que la force de résistance développée par des millions d'individus.
    A propos du sommeil, aventure sinistre de tous les soirs, on peut dire que les hommes s'endorment journellement avec une audace qui serait inintelligible, si nous ne savions pas qu'elle est le résultat de l'ignorance du
    danger.
    Il y a des peaux carapaces avec lesquelles le mépris n'est plus une vengeance.
    Beaucoup d'amis, beaucoup de gants. Ceux qui m'ont aimé étaient des gens méprisés, je dirais même méprisables, si je tenais à flatter les honnêtes gens.
    Girardin parler latin ! Pecudesque locutae.
    Il appartenait à une Société incrédule d'envoyer Robert Houdin chez les Arabes pour les détourner des miracles. 

    VIII
    Ces beaux et grands navires, imperceptiblement balancés (dandinés) sur les eaux tranquilles, ces robustes navires, à l'air désoeuvré et nostalgique, ne nous disent-ils pas dans une langue muette : Quand partons-nous pour le bonheur ?
    Ne pas oublier dans le drame le côté merveilleux, la sorcellerie et le romanesque.
    Les milieux, les atmosphères, dont tout un récit doit être trempé. (Voir Usher et en référer aux sensations profondes du hachisch et de l'opium).
    Y a-t-il des folies mathématiques et des fous qui pensent que deux et deux fassent trois ? En d'autres termes, - l'hallucination peut-elle, si ces mots ne hurlent pas, envahir les choses de pur raisonnement ? Si, quand un homme prend l'habitude de la paresse, de la rêverie, de la fainéantise, au point de renvoyer sans cesse au lendemain la chose importante, un autre homme le réveillait un matin à grands coups de fouet et le fouettait sans pitié jusqu'à ce que, ne pouvant travailler par plaisir, celui-ci travaillât par peur, cet homme, - le fouetteur, - ne serait-il pas vraiment son ami, son bienfaiteur ?
    D'ailleurs on peut affirmer que le plaisir viendrait après, à bien plus juste titre qu'on ne dit : l'amour vient après le mariage.
    De même en politique, le vrai saint est celui qui fouette et tue le peuple pour le bien du peuple.
    Mardi 13 mai 1856.
    Prendre des exemplaires à Michel.
    Écrire à Mann,
    à [Willis]
    à Maria Clemm.
    Envoyer chez Mad. Dumay savoir si Mirès.....
    Ce qui n'est pas légèrement difforme a l'air insensible : - d'où il suit que l'irrégularité, c'est-à-dire l'inattendu, la surprise, l'étonnement sont une partie essentielle et la caractéristique de la beauté.

    IX
    NOTES
    Théodore de Banville n'est pas précisément matérialiste ; il est lumineux. Sa poésie représente les heures heureuses.
    A chaque lettre de créancier, écrivez cinquante lignes sur un sujet extra-terrestre et vous serez sauvé.
    Grand sourire dans un beau visage de géant.
    Du suicide et de la folie-suicide considérés dans leurs rapports avec la statistique, la médecine et la philosophie.
    BRIÈRE DE BOISMONT
    Chercher le passage : Vivre avec un être qui n'a pour vous que de l'aversion...
    Le portrait de Sérène par Sénèque, celui de Stagyre par saint Jean Chrysostome.
    L'acedia, maladie des moines.
    Le Taedium vitae.
    Traduction et paraphrase de : La Passion rapporte tout à elle. Jouissances spirituelles et physiques causées par l'orage, l'électricité et la foudre, tocsin des souvenirs amoureux, ténébreux, des anciennes années.

    X
    J'ai trouvé la définition du Beau, - de mon Beau. C'est quelque chose d'ardent et de triste, quelque chose d'un peu vague, laissant carrière à la conjecture. Je vais, si l'on veut, appliquer mes idées à un objet sensible, à
    l'objet, par exemple, le plus intéressant dans la société, à un visage de femme. Une tête séduisante et belle, une tête de femme, veux-je dire, c'est une tête qui fait rêver à la fois, - mais d'une manière confuse, - de volupté
    et de tristesse ; qui comporte une idée de mélancolie, de lassitude, même de satiété, - soit une idée contraire, c'est-à-dire une ardeur, un désir de vivre, associé avec une amertume refluante, comme venant de privation ou de désespérance. Le mystère, le regret, sont aussi des caractères du Beau.
    Une belle tête d'homme n'a pas besoin de comporter, excepté peut-être aux yeux d'une femme, - cette idée de volupté, qui dans un visage de femme est une provocation d'autant plus attirante que le visage est généralement plus mélancolique. Mais cette tête contiendra aussi quelque chose d'ardent et de triste, - des besoins spirituels, des ambitions ténébreusement refoulées, - l'idée d'une puissance grondante, et sans emploi, - quelquefois l'idée d'une insensibilité vengeresse, (car le type idéal du Dandy n'est pas à négliger dans ce sujet), - quelquefois aussi, - et c'est l'un des caractères de beauté les
    plus intéressants, - le mystère, et enfin (pour que j'aie le courage d'avouer à quel point je me sens moderne en esthétique), le Malheur. - Je ne prétends pas que la Joie ne puisse pas s'associer avec la Beauté, mais je dis que la Joie [en] est un des ornements les plus vulgaires ; - tandis que la Mélancolie en est pour ainsi dire l'illustre compagne, à ce point que je ne conçois guère (mon cerveau serait-il un miroir ensorcelé ? ) un type de
    Beauté où il n'y ait pas du Malheur. - Appuyé sur, - d'autres diraient : obsédé par - ces idées, on conçoit qu'il me serait difficile de ne pas conclure que le plus parfait type de Beauté virile est Satan, - à la manière de Milton.

    XI

    AUTO-IDOLÂTRIE.
    Harmonie politique du caractère.
    Eurythmie du caractère et des facultés.
    Augmenter toutes les facultés.
    Conserver toutes les facultés.
    Un culte (magisme, sorcellerie évocatoire).
    Le sacrifice et le voeu sont les formules suprêmes et les symboles de
    l'échange.
    Deux qualités littéraires fondamentales : surnaturalisme et ironie.
    Coup d'oeil individuel, aspect dans lequel se tiennent les choses devant l'écrivain, puis tournure d'esprit satanique. Le surnaturel comprend la couleur générale et l'accent, c'est-à-dire intensité, sonorité, limpidité,
    vibrativité, profondeur et retentissement dans l'espace et dans le temps.
    Il y a des moments de l'existence où le temps et l'étendue sont plus profonds, et le sentiment de l'existence immensément augmenté.
    De la magie appliquée à l'évocation des grands morts, au rétablissement et au perfectionnement de la santé.
    L'inspiration vient toujours quand l'homme le veut, mais elle ne s'en va pas toujours quand il le veut.
    De la langue et de l'écriture, prises comme opérations magiques, sorcellerie évocatoire.
    De l'air dans la femme.
    Les airs charmants et qui font la beauté sont :
    L'air blasé,
    L'air ennuyé
    L'air évaporé,
    L'air impudent,
    L'air de regarder en dedans,
    L'air de domination,
    L'air de volonté,
    L'air méchant,
    L'air chat, enfantillage, nonchalance et malice mêlés.
    Dans certains états de l'âme presque surnaturels, la profondeur de la vie se révèle toute entière dans le spectacle, si ordinaire qu'il soit, qu'on a sous les
    yeux. Il en devient le symbole.
    Comme je traversais le boulevard, et comme je mettais un peu de précipitation à éviter les voitures, mon auréole s'est détachée et est tombée dans la boue du macadam. J'eus heureusement le temps de la ramasser ;
    mais cette idée malheureuse se glissa un instant après dans mon esprit, que c'était un mauvais présage ; et dès lors l'idée n'a plus voulu me lâcher ; elle ne m'a laissé aucun repos de toute la journée.
    Du culte de soi-même dans l'amour, au point de vue de la santé, de l'hygiène, de la toilette, de la noblesse spirituelle et de l'éloquence.
    Self-purification and anti-humanity.
    Il y a dans l'acte de l'amour une grande ressemblance avec la torture, ou avec une opération chirurgicale.
    Il y a dans la prière une opération magique. La prière est une des grandes forces de la dynamique intellectuelle. Il y a là comme une récurrence électrique.
    Le chapelet est un médium, un véhicule ; c'est la prière mise à la portée de tous.
    Le travail, force progressive et accumulative, portant intérêts comme le capital, dans les facultés comme dans les résultats.
    Le jeu, même dirigé par la science, force intermittente, sera vaincu, si fructueux qu'il soit, par le travail, si petit qu'il soit, mais continu.
    Si un poète demandait à l'État le droit d'avoir quelques bourgeois dans son écurie, on serait fort étonné, tandis que si un bourgeois demandait du poète
    rôti, on le trouverait tout naturel. Ce livre ne pourra pas scandaliser mes femmes, mes filles, ni mes soeurs.
    Tantôt il lui demandait la permission de lui baiser la jambe, et il profitait de la circonstance pour baiser cette belle jambe dans telle position qu'elle dessinât son contour sur le soleil couchant.
    Minette, minoutte, minouille, mon chat, mon loup, mon petit singe, grand singe, grand serpent, mon petit âne mélancolique.
    De pareils caprices de langue, trop répétés, de trop fréquentes appellations bestiales témoignent d'un côté satanique dans l'amour ; les satans n'ont-ils pas des formes de bêtes ? Le chameau de Cazotte, - chameau, Diable et femme.
    Un homme va au tir au pistolet, accompagné de sa femme. - Il ajuste une poupée, et dit à sa femme : Je me figure que c'est toi. - Il ferme les yeux et abat la poupée. - Puis il dit en baisant la main de sa compagne : Cher ange, que je te remercie de mon adresse !
    Quand j'aurai inspiré le dégoût et l'horreur universels, j'aurai conquis la solitude.
    Ce livre n'est pas fait pour mes femmes, mes filles et mes soeurs. - J'ai peu de ces choses.
    Il y a des peaux carapaces avec lesquelles le mépris n'est plus un plaisir.
    Beaucoup d'amis, beaucoup de gants, - de peur de la gale.
    Ceux qui m'ont aimé étaient des gens méprisés, je dirais même méprisables, si je tenais à flatter les honnêtes gens.
    Dieu est un scandale, - un scandale qui rapporte.

    XII
    Ne méprisez la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c'est son génie.
    Il n'y a que deux endroits où l'on paye pour avoir le droit de dépenser, les latrines publiques et les femmes.
    Par un concubinage ardent, on peut deviner les jouissances d'un jeune ménage.
    Le goût précoce des femmes. Je confondais l'odeur de la fourrure avec l'odeur de la femme. Je me souviens... Enfin, j'aimais ma mère pour son élégance. J'étais donc un dandy précoce.
    Mes ancêtres, idiots ou maniaques, dans des appartements solennels, tous victimes de terribles passions.
    Les pays protestants manquent de deux éléments indispensables au bonheur d'un homme bien élevé, la galanterie et la dévotion.
    Le mélange du grotesque et du tragique est agréable à l'esprit comme la discordance aux oreilles blasées.
    Ce qu'il y a d'enivrant dans le mauvais goût, c'est le plaisir aristocratique de déplaire.
    L'Allemagne exprime la rêverie par la ligne, comme l'Angleterre par la perspective.
    Il y a dans l'engendrement de toute pensée sublime une secousse nerveuse qui se fait sentir dans le cervelet.
    L'Espagne met dans la religion la férocité naturelle de l'amour.
    STYLE.
    La note éternelle, le style éternel et cosmopolite. Chateaubriand, Alph. Rabbe, Edgar Poe.

    XIII
    SUGGESTIONS
    Pourquoi les démocrates n'aiment pas les chats, il est facile de le deviner.
    Le chat est beau ; il révèle des idées de luxe, de propreté, de volupté, etc...
    Un peu de travail, répété trois cent soixante-cinq fois, donne trois cent soixante-cinq fois un peu d'argent, c'est-à-dire une somme énorme. En même temps, la gloire est faite.
    De même, une foule de petites jouissances composent le bonheur.
    Créer un poncif, c'est le génie.
    Je dois créer un poncif.
    Le concetto est un chef-d'oeuvre.
    Le ton Alphonse Rabbe.
    Le ton fille entretenue (Ma toute-belle ! Sexe volage !).
    Le ton éternel.
    Coloriage, cru, dessin profondément entaillé.
    La prima Donna et le garçon boucher.
    Ma mère est fantastique ; il faut la craindre et lui plaire.
    L'orgueilleux Hildebrand.
    Césarisme de Napoléon III. (Lettre à Edgar Ney). Pape et Empereur.

    XIV
    SUGGESTIONS.
    Se livrer à Satan, qu'est-ce que c'est ?
    Quoi de plus absurde que le Progrès, puisque l'homme, comme cela est prouvé par le fait journalier, est toujours semblable et égal à l'homme, c'est-à-dire toujours à l'état sauvage. Qu'est-ce que les périls de la forêt et de la prairie auprès des chocs et des conflits quotidiens de la civilisation ?
    Que l'homme enlace sa dupe sur le Boulevard, ou perce sa proie dans des forêts inconnues, n'est-il pas l'homme éternel, c'est-à-dire l'animal de proie le plus parfait ?
    - On dit que j'ai trente ans ; mais si j'ai vécu trois minutes en une... n'ai-je pas quatre-vingt-dix ans ?
    ... Le travail, n'est-ce pas le sel qui conserve les âmes momies ?
    Début d'un roman, commencer un sujet n'importe où et, pour avoir envie de le finir, débuter par de très belles phrases.

    XV

    Je crois que le charme infini et mystérieux qui gît dans la contemplation d'un navire en mouvement, tient, dans le premier cas, à la régularité et à la symétrie qui sont un des besoins primordiaux de l'esprit humain, au même
    … , …
    Je crois que j'ai dérivé dans ce que les gens du métier appellent un hors-d'oeuvre. Cependant, je laisserai ces pages, - parce que je veux dater ma colère. Tristesse.
    voir suite pdf joint

     

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    Charles Baudelaire Article illustré Autres Textes

    Journaux_Intimes Fusées et  mon cœur mis à nu de Charles_Baudelaire.pdf

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  • Jean-Charles Depaule. Image Pointtopoint Studio.

    Poser le texte "The Piazza Tales" à la table. Lire "sur place" à bras ouverts. La lecture des faits formes les images qui s'accordent pour acérer les cailloux que nous avons récoltés dans nos déplacements.
    Des contes d'Herman Melville au récit de Jean-Charles Depaules  : 3 heures. Vous couchez sur l'oreiller la nuque puis vous recouvrez le corps de l'horizontale voile. Écoutez les mouvements de vie qui dissonent dans la nuit.
    Quittons le port

    Arrowhead - Monts Berkshire - États Unis

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    Jean-Charles Depaule CipM

    Jean Charles Depaule ifop revue

    Jean Charles Depaule écrivain

    Herman Melville gutemberg

    Herman Melville Wikipedia

    Arrowhead - ferme d'Herman Melville - État du Massachusetts US.

    © point to point studio


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