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  • Criss-Cross and X braces

    Criss-Cross — [...] Ce que nous devons considérer dans le cas des peintres traditionnels ce n'est pas le fait qu'ils examinaient le monde avec des yeux de promoteurs immobiliers ; simple moyen comme n'importe quel autre, mais qu'ils ne s'éloignaient jamais du domaine du possible, quand bien même l'eurent-ils élargi. L'unique chose qu'ont perturbé les révolutionnaires [...] c'est un certain déplacement des possibles dans le réalisable.
    X braces —Quel autre plan peut-il y avoir pour le créateur ?
    Criss-Cross —Logiquement aucun. Cependant ! Je cause d'un art qui s'en écarte de dégout ; las de ses maigres exploits, fatigué de ses faux-semblants, las de ses compétences, fatigué d'accomplir au mieux la même vieille chose, las d'avancer le pas sur une route sans intérêt.
    X braces —Et préférant quoi ?
    Criss-Cross —De fait, l'expression qui n'exprime rien, rien avec quoi exprimer, rien à partir de quoi exprimer, aucun pouvoir d'exprimer, aucune volonté d'exprimer, tout en ayant l'obligation d'exprimer.
    X braces —Mais c'est un point de vue d'une extrême violence et personnel  qui ne nous aide pas dans la question [...]
    Criss-Cross —
    X braces —Peut-être est-ce suffisant pour aujourd'hui ? Free Translation d'un fragment des  "Trois dialogues" , texte de Samuel Beckett publié dans transition en 1949.

    Criss-Cross and Criss-Cross

    B. — [...] What we have to consider in the case of traditional painters is not that they surveyed the world with the eyes of building-contractors, a mere means like any other, but that they never stirred from the field of the possible, however much they may have enlarged it. The only thing disturbed by the revolutionaries Matisse and Tal Coat is a certain order on the plane of the feasible.

    D. — What other plane can there be for the maker?
    B. — Logically none. Yet I speak of an art turning from it in disgust, weary of its puny exploits, weary of pretending to be able, of being able, of doing a little better the same old thing, of going a little further along a dreary road.
    D. — And preferring what?
    B. — The expression that there is nothing to express, nothing with which to express, nothing from which to express, no power to express, no desire to express, together with the obligation to express.
    D. — But that is a violently extreme and personal point of view, of no help to us in the matter of Tal Coat.
    B. —
    D. — Perhaps that is enough for today. Englsh version three dialogues  by Samuel Beckett

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    Samuel Beckett Film

    © studio point to point XXI°


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  • Patrick Saytour 2013

    Le Monde et le Pantalon,

    LE CLIENT : Dieu a fait le monde en six jours, et vous, vous n’êtes pas foutu de me faire un pantalon en six mois.
    LE TAILLEUR : Mais, monsieur, regardez le monde, et regardez votre pantalon.

    Claude Caillol Circa 2004

    Pour commencer, parlons d’autre chose, parlons de doutes anciens,
    tombés dans l’oubli, ou résorbés dans des choix qui n’en ont cure, dans ce
    qu’il est convenu d’appeler des chefs-d’oeuvre, des navets et des oeuvres de
    mérite.
    Doutes d’amateur, bien entendu, d’amateur bien sage, tel que les pein-
    tres le rêvent, qui arrive les bras ballants et les bras ballants s’en va, la tête
    lourde de ce qu’il a cru entrevoir.
    9
    Quelle rigolade les soucis de l’exécutant, à côté des affres de l’amateur, que
    notre iconographie de quatre sous a gavé de dates, de périodes, d’écoles,
    d’influences, et qui sait distinguer, tellement il est sage, entre une gouache
    et une aquarelle, et qui de temps entemps croit deviner ce qu’il aime, tout
    en gardant l’esprit ouvert. Car il s’imagine, le pauvre, que rien de ce qui est
    peinture ne doit lui rester étranger. Ne parlons pas de la critique pro-
    prement dite. La meilleure, celle d’un Fromentin, d’un Grohmann, d’un
    McGreevy, d’un Sauerlandt, c’est de l’Amiel. Des hystérectomies à la
    truelle. Et comment en serait-il autrement ? Peuvent-ils seulement citer ?
    Quand Grohmann démontre chez Kandinsky des réminiscences du gra-
    phique mongol, quand McGreevy rapproche si justement Yeats de Wat-
    teau, où vont les rayons ? Quand Sauerlandt se prononce, avec finesse et
    – soyons justes – parcimonie, sur le cas du grand peintre inconnu qu’est
    10
    Bellmer, où cela retombe-t-il ? Das geht mich nicht an, disait Bellmer, que
    les écrits de Herr Heidegger faisaient cruellement souffrir. Il le disait fort
    modestement. Ou alors, on fait de l’esthétique gé-
    nérale, comme Lessing. C’est un jeu charmant.
    Ou alors on fait de l’anecdote, comme Vasari et Harper’s Magazine.
    Ou alors on fait des catalogues raisonnés, comme Smith.
    Ou alors on se livre franchement à un bavardage désagréable et confus.
    C’est le cas ici.
    Avec les mots on ne fait que se raconter. Eux-mêmes les lexicogra-
    phes se déboutonnent. Et jusque dans le confessionnal on se trahit.
    Ne pourrait-on attenter à la pudeur ailleurs que sur ces surfaces peintes
    presque toujours avec amour et souvent avec soin, et qui elles-mêmes sont
    des aveux ? Il semble que non. Les copulations contre nature sont très
    cotées, parmi les amateurs du beau et
    11
    du rare. Il n’y a qu’à s’incliner devant le savoir-vivre.
    Achevé, tout neuf, le tableau est là, un non-sens. Car ce n’est encore qu’un
    tableau, il ne vit encore que de la vie des lignes et des couleurs, ne s’est
    offert qu’à son auteur. Rendez-vous compte de sa situation. Il attend, qu’on
    le sorte de là. Il attend les yeux, les yeux qui, pendant des siècles, car c’est
    un tableau d’avenir, vont le charger, le noircir, de la seule vie qui compte,
    celle des bipèdes sans plumes. Il finira par en crever. Peu importe. On le ra-
    fistolera. On le rabibochera. On lui cachera le sexe et on lui soutiendra la
    gorge. On lui foutra un gigot à la place de la fesse, comme on l’a fait pour
    la Vénus de Giorgione à Dresde. Il connaîtra les caves et les plafonds. On
    lui tombera dessus avec des parapluies et des crachats, comme on l’a fait pour
    le Lurçat à Dublin. Si c’est une fresque de cinq mètres de haut sur vingt-cinq
    de long, on l’enfermera dans une serre à tomates, ayant préalablement eu le
    12
    soin d’en aviver les couleurs avec de l’acide azotique, comme on l’a fait
    pour le Triomphe de César de Mantegna à Hampton Court. Chaque fois
    que les Allemands n’auront pas le temps de le déménager, il se transfor-
    mera en champignon dans un garage abandonné. Si c’est un Judith Leyster,
    on le donnera à Hals. Si c’est un Giorgione et qu’il soit trop tôt pour le
    donner encore au Titien, on le donnera à Dosso Dossi (Hanovre). Monsieur
    Berenson s’expliquera dessus. Il aura vécu, et répandu de la joie.
    Ceci explique pourquoi les tableaux ont tellement meilleure mine au musée
    que chez le particulier.
    Ceci explique pourquoi Le Chef-d’oeuvre inconnu de Balzac est à tant
    de chevets. L’oeuvre soustraite au jugement des hommes finit par expirer,
    dans d’effroyables supplices. L’oeuvre considérée comme création pure, et
    dont la fonction s’arrête avec la genèse, est vouée au néant.
    Un seul amateur (éclairé) l’aurait
    13
    sauvée. Un seul de ces messieurs au visage creusé par les enthousiasmes
    sans garantie, aux pieds aplatis par des stations innombrables, aux doigts usés
    par des catalogues à cinquante francs, qui regardent d’abord de loin, ensuite
    de près, et qui consultent du pouce, dans les cas particulièrement épineux,
    le relief de l’impasto. Car il n’est pas question ici de l’animal grotesque et
    méprisable dont le spectre hante les ateliers, comme celui du tapir les tur-
    nes normaliennes, mais bien de l’inoffensif loufoque qui court, comme
    d’autres au cinéma, dans les galeries, au musée et jusque dans les églises
    avec l’espoir – tenez-vous bien – de jouir. Il ne veut pas s’instruire, le co-
    chon, ni devenir meilleur. Il ne pensequ’à son plaisir.
    C’est lui qui justifie l’existence de la peinture en tant que chose publique.
    Je lui dédie les présents propos, si bien faits pour l’obnubiler davantage.
    Il ne demande qu’à jouir. L’impossible est fait pour l’en empêcher.
    14

    Extrait du texte de de Samuel Beckett : Le Monde et le Pantalon

    - Le Monde et le Pantalon : écrit en français au début de 1945, à l'occasion des expositions d’Abraham et de Gerardus van Velde respectivement aux galeries Mai et Maeght. Première publication sous le titre « La peinture des van Velde ou Le monde et le pantalon », dans la revue Les Cahiers d’Art, 1945-1946, avec six reproductions noir et blanc d’Abraham van Velde et neuf de Gerardus. Son titre vient d’une plaisanterie reprise en 1957 dans Fin de partie et citée en exergue.

    Go Soft Philip 2012

    "J'ai dit tout ce que j'avais à dire sur la peinture des frères van Velde dans le dernier numéro des Cahiers d'art (à moins qu'il n'yen ait eu un autre depuis) . Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit à cet endroit. C'était peu, c'était trop, et je n'ai rien à y ajouter. Heureusement il ne s'agit pas de dire ce qui n'a pas encore été dit, mais de redire, le plus souvent possible dans l'espace le plus réduit , ce qui a été dit déjà." Sic Samuel Beckett. texte Peintres de l’empêchement Derrière le miroir  n° 11-12 , juin 1948.

    - Le Monde et le Pantalon : écrit en français au début de 1945, à l'occasion des expositions d’Abraham et de Gerardus van Velde respectivement aux galeries Mai et Maeght. Première publication sous le titre « La peinture des van Velde ou Le monde et le pantalon », dans la revue Les Cahiers d’Art, 1945-1946, avec six reproductions noir et blanc d’Abraham van Velde et neuf de Gerardus. Son titre vient d’une plaisanterie reprise en 1957 dans Fin de partie et citée en exergue - See more at: http://vitrine.edenlivres.fr/publications/38801-le-monde-et-le-pantalon-suivi-de-peintres-de-l-empechement#sthash.9WrgxnKq.dpuf
    - Le Monde et le Pantalon : écrit en français au début de 1945, à l'occasion des expositions d’Abraham et de Gerardus van Velde respectivement aux galeries Mai et Maeght. Première publication sous le titre « La peinture des van Velde ou Le monde et le pantalon », dans la revue Les Cahiers d’Art, 1945-1946, avec six reproductions noir et blanc d’Abraham van Velde et neuf de Gerardus. Son titre vient d’une plaisanterie reprise en 1957 dans Fin de partie et citée en exergue - See more at: http://vitrine.edenlivres.fr/publications/38801-le-monde-et-le-pantalon-suivi-de-peintres-de-l-empechement#sthash.9WrgxnKq.dpuf

    © 2014 by LES ÉDITIONS DE MINUIT
    pour la présente édition électronique.www.leseditionsdeminuit.fr
    ISBN : 9782707330512

    Là-Bas poèmes extrait de Peste soit de l’horoscope et autres poèmes de Samuel Beckett
    Lu par Laurent Natrella

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    Jean-Marc Andrieu 2013

    Page qui court © studio point to point XXI°


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  • Ce qui Roule, That Which Rollls Rainer Ganahl Early Forms Of Rollin' Rock, 2008

    ALFRED JARRY
     Le Surmâle

    roman moderne

    I

    La manille aux enchères

    — L’amour est un acte sans importance, puisqu’on peut le faire indéfiniment.
    Tous tournèrent les yeux vers celui qui venait d’émettre une telle absurdité.


    II

    Le coeur ni à gauche ni à droite

    Sauf pour naître, André Marcueil n’eut d’abord point de contact avec la femme, étant allaité par une chèvre, comme un simple Jupiter.
    Jusqu’à douze ans, élevé, son père mort, par sa mère et une sœur aînée, il avait vécu une enfance d’une pureté méticuleuse — si le catholicisme a raison d’appeler pureté la négligence, sous la menace de peines éternelles, de certaines parties du corps.
    À douze ans, vêtu encore d’une blouse lâche et de culottes bouffantes, les jambes nues, il atteignit la solennité de sa première communion, et un tailleur lui prit mesure de son premier costume d’homme.
    Le petit André ne comprit pas très bien pourquoi les hommes — qui sont les petits garçons qui ont plus de douze ans — ne peuvent plus être habillés par une couturière… et il n’avait jamais vu son sexe.
    Il ne s’était jamais regardé que tout vêtu dans une glace, au moment de sortir. Il se jugea très laid sous le pantalon noir… et pourtant ses jeunes camarades étaient si fiers de l’inaugurer !
    Le tailleur, du reste, trouvait aussi que le costume de sa façon n’allait pas très bien. Quelque chose, au-dessous de la ceinture, faisait un gros pli disgracieux. Le tailleur chuchota quelques paroles embarrassées à la mère, qui rougit, et Marcueil perçut vaguement qu’il avait quelque difformité — sans quoi on n’aurait pas parlé de lui, en sa présence, à voix si basse —… qu’il n’était pas fait comme tout le monde.
    « Être fait comme tout le monde, quand il serait grand », devint une obsession.
    — À droite, disait le tailleur, mystérieusement, comme pour ne pas effrayer un malade. Sans doute entendait-il le cœur est à droite.
    Et pourtant, le cœur peut-il être, même chez les grandes personnes, au-dessous de la ceinture ?
    Le tailleur restait perplexe, lissant, sans penser à mal, l’endroit insolite avec son pouce.
    Réessayage le lendemain, après retouche, et sur nouvelles mesures, qui ne s’ajustèrent pas mieux.
    Car, entre à gauche et à droite, il y a une direction : au-dessus.
    André, de qui sa mère, comme toutes les mères nées et même les autres, voulait faire un soldat, se jura de ne plus être une cause de laissés-pour-compte chez les tailleurs, et calcula qu’il avait huit ans pour corriger sa difformité avant la honte de la dévoiler devant le conseil de révision.
    Comme il restait assidûment chaste, il n’eut point d’occasions de s’entendre dire si c’était vraiment une difformité.
    Et quand il en vint à connaître des filles — ce qui est rituel après le baccalauréat de rhétorique, et Marcueil avait une dispense d’un an, soit un an d’avance — les filles durent s’imaginer qu’il n’était, comme les hommes, « homme » que quelques instants, puisqu’il n’était monté chez elles que « pour un moment ».
    Pendant cinq ans, la prose de l’Église le hanta :
    Hostemque nostrum comprime…

    Pendant cinq ans, il mangea du bromure, but du nénuphar, tâcha à s’exténuer d’exercices physiques, ce qui n’aboutit qu’à le rendre très fort, se brida de lanières et coucha sur le ventre, opposant à la révolte de la Bête tout le poids de son corps dense de gymnaste.
    Plus tard, beaucoup plus tard, il réfléchit qu’il n’avait peut-être travaillé qu’à abaisser une force qui ne se serait point révélée si elle n’avait eu une destinée à accomplir.
    Par réaction, il eut alors, avec frénésie, des maîtresses, mais ni elles, ni lui ne goûtèrent de plaisir : c’était, de son côté, un besoin, si « naturel » ! et du leur, une corvée.
    Avec logique, il essaya des vices « contre nature », juste le temps d’apprendre, par expérience, quel abîme séparait sa force de celle des autres hommes.
    Sa mère mourut, et il trouva dans des papiers de famille la mention d’un ancêtre étrange, un peu son aïeul, quoique n’ayant point contribué à le procréer, son grand-oncle maternel, mort trop tôt et qui lui avait sans doute légué « ses pouvoirs ».
    A l’acte de décès était jointe une note d’un docteur dont nous reproduisons le style naïf et incorrect, et il était cousu de gros fil noir, un bout de linceul empesé de singulières macules.
    « Auguste-Louis-Samson de Lurance, mort le 15 avril 1849, à l’âge de vingt-neuf mois et treize jours, par suite de vomissure verte non interrompue ayant conservé jusqu’au dernier soupir une fermeté de caractère beaucoup au-dessus de son âge, l’imagination beaucoup trop féconde (sic) joint à cela son organisme trop précoce sous le rapport de certain développement, ont puissamment contribué aux regrets de douleur où il a plongé sa famille pour toujours. Que Dieu lui soit en aide ! »
    Dr (Illisible).



    III 

    C’est une femelle, mais c’est très fort

    — Vous dites du mal de l’eau ? s’étonna le docteur.

    IV

    Un petit bout de femme

    La femme qui entre a le même frou-frou que celle qui se déshabille.

    V

    La course des dix mille milles

    Poor papa paid Peter’s potatoes !
     

    VI

    L’alibi

    Mon cher docteur,

    Ne m’en voulez plus de mes « paradoxes » : l’Indien est trouvé. Aucun savant n’est plus digne que vous d’être son Théophraste, ni d’occuper ce que vous appeliez l’autre jour « une chaire dans le domaine de l’impossible ».
    Donc, venez ce soir.
    A. M


    VII

    Dames seules

    L’homme rouge n’avait pour vêtement qu’une femme nue prostrée en travers de sa poitrine et elle, n’avait pour voile qu’un masque de peluche noire.


    VIII

    L’ovule

    DIEU EST INFINIMENT PETIT.
    Qui prétend cela ? Non pas un homme assurément.
    Car l’homme a créé Dieu, du moins le Dieu auquel il croit, il l’a créé et ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme (ce sont des vérités acquises aujourd’hui) l’homme a créé Dieu à son image et à Sa ressemblance, agrandies jusqu’à ce que l’esprit humain ne pût concevoir de dimensions.
    Ce qui ne veut pas dire que le Dieu conçu par l’homme soit sans dimensions.
    Il est plus grand que toute dimension, sans qu’il soit hors de toute dimension, ni immatériel, ni infini. Il n’est qu’indéfini.
    Cette conception pouvait suffire, au temps un peu antérieur à celui où les deux peuples que nous appelons l’Adam et l’Ève furent tentés par les produits manufacturés des marchands qui avaient pour totem le Serpent, et durent travailler pour les acquérir.
    Nous savons maintenant qu’il y a un autre Dieu, qui, lui, a bien véritablement créé l’homme, qui réside au centre vivant de tous les hommes et qui est l’âme immortelle de l’homme.
    Théorème : Dieu est infiniment petit.

    IX

    L’Indien tant célébré par Théophraste

    — Aristote dit en ses Problèmes : Pourquoi cela n’aide-t-il pas à l’amour d’avoir les pieds froids ?
    Il lui récita des fables de Florian :
    Une jeune guenon cueillit
    Une noix dans sa coque verte…

    X Qui est-tu, être humain ?

    — Qui es-tu, être humain ?

    XI Et plus

    L’Indien, en réponse à tous les discours, fit, d’un tranquille signe de tête :
    — Non.

    XII

    O beau rossignolet

    La belle change encoore,
Ô beau rossignolet !
hé… hé… hé…
Au deuxièm’ tour de danse
La belle change enco-o-re.
    On entendait : hor-reux, quelque chose comme un barbarisme inquiétant. Au moment où l’être aux fleurs fit krr, la tête d’Ellen se renversa avec un petit râle qui n’était pas amoureux, et le Surmâle sentit la sienne tourner agitant ces associations d’idées insanes et ces mots inaccoutumés :
    —… horreux…
amoureux,

    XIII

    La découverte de la femme

    — Hélène,
    La plaine
    Hellène
    Est pleine
    D’amour.

    XIV

    La machine amoureuse

    — J’ai vu — aussi vrai que si je l’avais tenu sous le microscope ou le spéculum — j’ai vu, face à face, l’Impossible.




    Extrait d''après l'édition de la revue Blanche édition : 1902

    LE_SURMALE-ROMAN_MODERNE-ALFRED_JARRY-Texte-Edition-1902.PDF

    + d'infos

    TeaCupDick, Porcelaine, Artiste Rainer Ganahl

    Ganahl.info/Alfred Jarry

    gallica.bnf

    Alfred Jarry Œuvres Numerisées les amis du poète

    Dieu est par définition inétendu, mais il nous est permis, pour la clarté de notre énoncé, de lui supposer un nombre quelconque, plus grand que zéro, de dimensions, bien qu’il n’en ait aucune, si ces dimensions diaraissent dans les deux membres de nos identités. Nous nous contenterons de deux dimensions, afin qu’on se repré- sente aisément des figures de géométrie plane sur une feuille de pa- pier.
    Symboliquement on signifie Dieu par un triangle, mais les trois Personnes ne doivent pas en être considérées comme les sommets ni les côtés. Ce sont 1es trois hauteurs d’un autre triangle équila- téral circonscrit au traditionnel. Cette hypothèse est conforme aux révélations d’Anne-Catherine Emmerich, qui vit la croix (que nous considérerons comme symbole du Verbe de Dieu) en forme d’Y, et ne l’explique que par cette raison physique, qu’aucun bras de longueur humaine n’eût pu être étendu jusqu’aux clous des branches d’un Tau.
    Donc, P :


    Gestes et Opinions du docteur Faustroll Pataphysicien, roman néo scientifique suivi de Sp&culations

    Alfred-Jarry. Édition 1911.pdf

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  • MAURICE BLANCHOT-ICI ?

    Ceci n'est pas Maurice Blanchot

    Maurice Blanchot from Ici et Ailleurs

    Maurice BLANCHOT 1907 2003 Archive FR3

    Giorgio Agamben : comment la littérature est-elle possible avec Maurice Blanchot ?

    Merci Bernard

    + infos

    Blanchot, l’impossible silence Les chemins de la philosophie avec Eric Hoppenot. 2017

    Les Vendredis de la philosophie en hommage à Maurice Blanchot 1907/2017: Entretiens avec Roger Laporte par Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy.

    Maurice blanchot.info

    Maurice Blanchot et ses contemporains

    Espace Maurice Blanchot

    Maurice_Blanchot Wikipédia

     Un Siècle d'écrivains, Maurice Blanchot. Réalisation Hugo Santiago et Christophe Bident.

    © Point to Point Studio XXI°


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  • Raymond Roussel Portrait

    Je me suis toujours proposé d’expliquer de quelle façon j’avais écrit certains de mes livres (Impressions d’Afrique, Locus Solus, l’Étoile au Front et la Poussière de Soleils).

    Il s’agit d’un procédé très spécial. Et, ce procédé, il me semble qu’il est de mon devoir de le révéler, car j’ai l’impression que des écrivains de l’avenir pourraient peut-être l’exploiter avec fruit.

    Très jeune j’écrivais déja des contes de quelques pages en employant ce procédé.

    Je choisissais deux mots presque semblables (faisant penser aux métagrammes). Par exemple billard et pillard. Puis j’y ajoutais des mots pareils mais pris dans deux sens différents, et j’obtenais ainsi deux phrases presque identiques. Comment j’ai écrit certains de mes livres.

    Comment_jai_ecrit_certains_de_mes_livres_de_Raymond-Roussel-Texte.pdf


    Raymond Roussel, vers 1900,  avec sa mère et un amie au café de Kaiserpark à Karlsbad, vers la station thermale: Karlovy Vary, en République Tchèque.

    La-doublure-Raymond-Roussel-Texte-Livre.pdf

    De la chambre voisine. Ornant la cheminée,
    Une pendule dont on voit le balancier
    Est arrêtée ; un homme est en train de scier
    Un tronc d’arbre dessus ; le sujet est en bronze
    Doré ; fixes, les deux aiguilles au chiffre onze,
    L’une sur l’autre, font très peu d’angle ; un seul trou
    A droite du cadran, assez en bas, par où
    L’on introduit la clé pour remonter, est sombre ;
    Le bout de fer carré, seul, luit un peu dans l’ombre ;
    Au milieu le nom d’un horloger ne se lit
    e de tout près, très fin.

    Raymond Roussel dans le décor, avec la pioche et une lanterne de mineur, de Berchtesgaden vers 1926

    Dans son regard perdu, problématique, on lit
    Sans avoir besoin d’être un devin ce qu’il pense
    De l’aptitude ainsi que de l’intelligence
    Du bavard  ; il ne voit pas qu’on ait là de quoi
    S’aarder  ; il refuse aussi d’ajouter foi
    Aux balivernes sans raison d’être, aux sornees
    D’un homme qui n’a pas de ressources bien nees
    Dans la cervelle  ; il a dès longtemps renoncé
    A la discussion  ; il s’est bien enfoncé
    En s’asseyant sur le parapet  ; il préère
    Être à son aise en tous cas  ; le gros, au contraire,
    Est incommodément installé sur le bord
    Sans nul sybaritisme et sans aucun confort  ;
    Soutenant seule son équilibre, la pointe
    De son pied droit baissée et repliée est jointe
    Au sol  ; il se démène et se fait l’avocat
    D’un point foncièrement épineux, délicat,
    Dont l’importance grave, incontestable, échappe
    Aux autres  ; sûr de sa bonne cause, il se tape
    Avec le bout des doigts dressés le bas du front,
    En homme que la pure évidence confond,
    Tant elle est absolue et tant la preuve éclate  ;
    Il harcèle ses deux compagnons et se flae
    De dissiper leur doute et de les convertir
    A la doctrine qu’il a, sans se départir
    De l’exposé déjà donné ni du système
    De ces déductions lumineuses qu’il aime
    Et dont il s’évertue à montrer la valeur.

    La_vue_de_Raymond-Roussel-Texte-Livre.pdf

    Ainsi mis par lui-même, de façon saisissante, en possession de la stricte obligation voulue, le prisonnier, commençant sur l'heure, se conforma, sans fléchir, à sa ligne de conduite, trouvant à souhait l'oubli dans ses arides exercices de mémoire.
    Trois semaines avant la date fatale, il crut rêver, …

    Locus-Solus-Raymond-Roussel-Texte-Livres.pdf

    Resté à l'écart pendant la fougueuse randonnée, Không-dêk-lèn,
    voyant le calme rétabli, se mit à poursuivre comme une balle fugace
    la resplendissante sphère solaire, qu'en joueur espiègle et doux il
    gratifiait incessamment de gracieux coups de pattes.
    Pendant que nos yeux captivés allaient de Faustine aux ludions, du
    chat folâtre aux hippocampes, le maître nous parlait du diamant et
    de son contenu.

     

    Raymond Roussel - Enfance déguisement, servante et prince

    Roulotte de Raymond Roussel et article Touring Club

    Impressions d'Afrique de  Raymond Roussel Texte Livre

    Sur le point d’atteindre l’extrémité de l’esplanade, les fils de l’empereur, dirigés par Rao,tournèrent à droite pour longer le côté nord du vaste quadrilatère ; parvenus à l’angle opposé, ilsévoluèrent une seconde fois et redescendirent vers nous, tandis que le défilé, toujours alimenté àsa source par de nombreuses cohortes, suivait exactement leurs traces.À la fin, les derniers guerriers noirs ayant fait leur entrée au moment où l’avant-garde enfantinetouchait la limite sud, Rao fit dégager les abords de l’autel, et tous les nouveaux venus semassèrent en bon ordre sur les deux faces latérales, le visage tourné vers le point central de la place.

    Michel Foucault parle sur Raymond Roussel 1962

    Raymond Roussel 1877 1933

    Raymond Roussel - L'homme des bois

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    A part of the work Autoportrait du bureau d'écriture avec ses écrits même by BlackBookBlack.

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  • L'immortel. Jorge Luiz Borges, Portrait  Bleu Point to point Studio

    L'immortel I . Jorge Luis Borges, Portrait Brun Point to Point Studio

    L'immortel II . Jorge Luiz Borges, Portrait Jaune Point to Point Studio

    L'immortel II. Jorge Luis Borges, Portrait Rouge Point to Point Studio

    L'immortel III . Jorge Luiz Borges, Portrait Violet Point to Point Studio

    L'immortel IV . Jorge Luis Borges, Portrait Cyan Point to Point Studio

    L'immortel V. Jorge Luiz Borges, Portrait Vert Point to Point Studio

    Roger Caillois, Jorge Luis Borges, Portrait. Point to point Studio

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    Drawing, dessin by de Jorge Luis Borges collection C. Jared Loewenstein USA

    Jorges Luis Borgès vidéos repère biographique

    L-immortel-Jorge-Luis-Borges-Point-to-Point-Studio.pdf

    Photos  Sara Facio Borges 1968


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  • Henrik Ibsen marchant sur Amagertorv Christiana vue Carl Stormer circa 1895

    Henrik Ibsen quelques traductions de textes extraits du net.

    Ibsen-Henrik-Peer-Gynt.pdf  novembre 1867 Peer Gynt BNF

    Ibsen-Henrick-Une-maison-de-poupée.pdf 1879

    Ibsen-Henrick-Le-Canard-sauvage.pdf 1884

    Ibsen-Henrick-Hedda-Gabler.pdf 1880

    Ibsen-Henrik-Solness-le-constructeur.pdf 1892


    L'EIDER

    L’eider habite la Norvège
    Et c’est dans les fjords sombres

    Qu’il dépouille sa poitrine de son duvet moelleux
    Pour édifier son nid et le rendre chaud.

    Mais le pêcheur du fjord, de son bâton noueux,
    Va détruire le nid et en arrache jusqu’au dernier flocon.

    Alors de nouveau l’oiseau dénude sa poitrine
    Et le pêcheur recommence son œuvre cruelle.

    L’oiseau capitonne encore son nid dans un endroit plus sauvage,
    Mais s’il est pillé une troisième fois !…

    Henrik Ibsen traduction de Colleville et Zepelin


    AVEC UN LYS D"EAU

    Vois, mon amie, ce que j’apporte :
    la fleur ailée de blanc. Portée
    par les calmes courants, flottant
    lourde de rêves au printemps.

    Si tu veux l’emmener chez toi,
    mets-la sur ton sein, mon amie,
    dès lors sous sa feuille se cache
    une onde profonde et calme.

    Mais prends garde, enfant, au courant,
    c’est dangereux, de rêver là ;
    l’ondin fait mine de dormir
    et les lys d’eaux jouent au-dessus.

    Enfant, ton sein est le courant.
    C’est dangereux de rêver là ;
    les lys d’eaux jouent là, au-dessus,
    l’ondin fait mine de dormir.


    AVEC UN NÉNUPHAR

     Vois, ma chère âme, ce que j’apporte,
    La fleur aux ailes d’argent :
    Sur le flot en silence la vague
    La berçait, rêveuse, dans le printemps.

    Veux-tu la rapporter à la maison ?
    Attache la fleur sur ton sein, chérie !
    Derrière ses pétales, alors sera voilée
    Profonde et silencieuse, une vague.

    Enfant, prends garde au flot du petit lac.
    De rêver là, oh quel péril !
    L’ondin simule le sommeil.
    Au-dessus les lis badinent.

    Ton sein, enfant, est le flot du petit lac.
    De rêver là, oh quel péril !
    Au-dessus les lis badinent.
    L’ondin simule le sommeil !



    BERCEUSE DE SOVEIG

    dors mon trésor, mon petit garçon,
    Je te bercerai et te veillerai,
    fredonnant des berceuses de tant de tendresse emplies
    dont tu puisses te souvenir tout au long de ta vie.
    Que mon cœur de mère te garde des ennuis,
    Tout au long de ta vie.
    Ô ciel, que règne la joie !
    Sache que dans la détresse, mon cœur t’accueillera,
    Tout au long de ta vie.
    dors mon trésor, mon petit garçon,
    Je te bercerai et te veillerai, Je te bercerai et te veillerai.
    dors mon trésor, mon petit garçon.


    Ibsen Henrik, portrait à Christina, Norvège, Photo Carl Størmer circa 1895

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    Chronologie Henrik Ibsen

    Henrik Ibsen Dramaturge

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