• SHUJI TERAYAMA, マルドロールの歌

    SHUJI TERAYAMA, マルドロールの歌

    Terayama Shūji, 寺山修司, Portrait [1935-1983]

    Shūji Terayama, né en 1935 à Hirosaki au Japon fut un poète, écrivain, dramaturge, chroniqueur sportif (spécialisé dans la boxe et le turf), photographe, scénariste et réalisateur japonais. Il a publié plus de deux cent livres et réalisé environ vingt films (courts et longs métrages confondus). Ses oeuvres, souvent expérimentales et crues, témoignent d'un activisme artistique aux influences multiples, d'Antonin Artaud ou Bertolt Brecht à Federico Fellini et Lautréamont. En Europe et aux États-Unis il est essentiellement connu pour son cinéma, tandis qu'au Japon il est plutôt considéré comme un poète et un dramaturge. Il est mort en mai 1983 à Tokyo.

    檻, La cage de Shûji Terayama, 1964

     « L'oiseau abattu

    Je m'en retourne aussitôt

    Sans le ramasser

    Car ma jalousie s'est tue

    Dès que son vol a cessé ».

    16±1,蝶服記, de Shuji Terayama - Butterfly Dress Pledge 1974

     « La prochaine fois, je ferai un film que je projetterai sur vos visages »

    マルドロールの歌, Les Chants de Maldoror Shûji Terayama 1977

    Nito-onna: Kage no Eiga, The Woman With Two Heads de Shûji Terayama 1977

    « Depuis l'enfance, je suis attiré par Lautréamont, par les rencontres inattendues qu'il suscitait en rapprochant des éléments parfaitement hétérogènes, tels qu'un parapluie et une machine à coudre sur une table de dissection. Sawako Goda et moi-même nous sommes; inspirés de vieilles photos pour peindre des panneaux que nous avons intégrés dans le décor en fonction des personnages qui les côtoieraient. » Dossier de Presse 1981 Lire Plus clique Ici

    https://ubu.com/film/terayama.html

    Paper Scissor Rock War court métrage 11' de 1971 extraites du film Emperor Tomato Ketchup
      Roller, court métrage 8' de 1974
      Butterfly Dress Pledge court métrage 8' de 1974
      An Introduction to Cinema for Boys and Young Men II de 1974

    + infos

    Japan Cine Soirée Samedi

    The Emperor Tomato Ketchup, The Cage, sur Ubu Web

    Textes et interviews tirés du dossier de presse 1974

    Textes et interviews "y a-t-il une culture japonaise à sauvegarder ," 1970

     Claude Mouchard et Ueda Makiko, Poésie Japonaise, No 100

    TERAYAMA Shuji Essence poétique Boxeur en 1977

    Documents Cinéma Japonais

    stephane dumesnildot2.blogspot Terayama+

    マルドロールの歌

    Interview de Shuji TERAYAMA, extrait,1974.
    Enfant, vous avez été recueilli par un parent, propriétaire d’un cinéma, et vous avez découvert ainsi la magie de ce moyen d’expression. Quels sont les films qui vous ont alors, le plus marqué ? 
Mon premier contact avec le cinéma, à cette époque, fut limité au son : c’est derrière l’écran que j’avais "ma petite place", ce qui, fait que j’étais privé de l’image – et ce qui explique peut-être l’importance que j’accorde à la bande-son, notamment dans "Jetons les livres…"  
De même, ma première œuvre d’auteur fut un drame radiophonique. Je vais ajouter, sans aucune modestie, qu’on me considérait comme "un génie de la radio" et que j’obtins plusieurs prix radiophoniques internationaux. Le premier vrai film, complet, qui m’impressionna fortement fut "Les Enfants du Paradis", et plus particulièrement la scène où Marcel Herrand tire un rideau et montre une scène d’amour, devenant l’auteur de cette même scène, qui semble être son œuvre…
    Qu’est-ce qui vous a conduit, plus tard, à devenir critique de boxe ? 
La boxe est une pièce de théâtre jouée silencieusement par deux hommes… C’est "En attendant Godot" – sans paroles… De plus, c’est très érotique. Dans mon enfance, j’ai pratiqué la boxe. Ne pouvant continuer, je suis devenu critique. La boxe montre que la force physique a tendance à perdre de son importance dans le monde culturel contemporain – Est-ce un tort – Est-ce un manque ?

    Comment est né "DEN’EN NI SHISU", le recueil de poèmes devenu plus tard "Cache-cache Pastoral" et pourquoi avez-vous voulu, plus tard encore, en faire un film ? 
J’ai commencé à composer des poèmes alors que j’étais adolescent. A l’âge de 26 ans, j’ai décidé de renoncer à la poésie mais, avant d’arrêter, j’ai voulu écrire sur mon enfance et m’en tenir là. C’est ce qui est devenu "Cache-cache Pastoral"; le recueil de poèmes. 
Il faut vous souvenir qu’après la guerre tout était ruine tout était à refaire "par les enfants" et qu’aussi, à partir du chaos, tout était admis. Moi, je voulais m’imposer une forme ; j’ai choisi le poème pour la rigueur du rythme… Par contre, après 1960 le Japon est devenu un pays asservi, encombré d’obligations et, quand le monde n’a plus de liberté, il faut, plus que jamais, trouver une forme d’expression libre… 
Pourquoi, ensuite, un film ? Parce que je considérais que le recueil de poèmes ne traduisant plus ma vraie (?) enfance, était fabriqué. J’ai voulu décomposer ma mémoire, pour me libérer de mon enfance. Je ne pense pas que j’y ai réussi, puisque le cinéma, aussi impose ses règles. Je n’ai peut-être pas encore complètement "traduit" mon enfance, mais j’ai réussi à la "dire" différemment… Je voulais passer de l’intérieur à l’extérieur – pour rentrer ensuite dans l’intérieur. Le poème est, trop souvent, un monologue. Mais le cinéma risque de l’être aussi… 
Il y a, bien sûr, de l’onirisme dans le film. Du surréalisme, je ne sais pas. Mais il est marqué par Lautréamont et "les Chants de Maldoror". De même, je suis influencé par Marcel Duchamp et le compositeur John Cage… Notre œil ne voit que la surface. Parfois, avec un couteau, je suis tenté de m’ouvrir l’œil pour voir l’autre monde qu’on ne peut pas voir. J’aime aussi le Luis Buñuel de la période du ‘Chien Andalou".
    Qu’est-ce qui vous a poussé à fonder un théâtre-laboratoire et à devenir metteur en scène de théâtre ? 
Je voulais utiliser la poésie "avec du corps". Le théâtre c’est la poésie incarnée. J’ai donc, en 1965, fondé un théâtre-laboratoire, un théâtre qui mêle public et acteurs, qui descend dans la rue, qui va en province, qui s’attache à mélanger les éléments.
    Quand vous avez abordé la mise en scène de cinéma vous aviez certainement des "maîtres" dans ce domaine. Lesquels ? 
D’abord, dans mon enfance, il y a eu Luis Buñuel et "Le Chien Andalou". Mais ce ne sont pas des cinéastes qui m’ont donné l’impulsion… je ne crois pas… Cependant, j’apprécie beaucoup et j’ai sans doute été frappé par Glauber Rocha et "Antonio Das Mortes", Fellini et "Huit et Demi", Antonioni et "L’Éclipse".

    Qu’est-ce qui vous frappe le plus dans la vie actuelle, rapport avec le cinéma ? 
La vie actuelle est un mélange de réalité et de fictif. On ne voit pas toujours la frontière. On se trompe… Tout ce qu’on filme est fiction : on le sait. Dans la vie, on ne sait plus… Par exemple, au cinéma, si quelqu’un tire, il est considéré comme un héros. Si on fait ça Place Saint-Michel, on est un criminel… Au cinéma, on faisait semblant de faire l’amour ; maintenant, on fait l’amour. Peut-être qu’un jour, au cinéma, on tuera vraiment…Dans la vie réelle, on "fait du cinéma" souvent, on simule ou on est emporté…
    Auriez-vous aimé vivre à une autre époque et sous une autre identité : lesquelles ? 
J’aurais aimé naître au Moyen Age – et devenir Casanova.
    Hors le Japon, dans quel pays aimeriez-vous vivre et travailler ? Pourquoi ? 
N’importe où, à Paris, Borne, Londres ou New-York – à condition qu’il y ait des gens. Pas le désert !
    Quels sont les grands hommes décédés que vous auriez aimé connaître ? Pourquoi ? 
Si une nuit, je recevais chez moi, il y aurait Karl Marx, Jayne Mansfield, Lautréamont, Jack Dempsey, Léonard De Vinci, Billy the Kid et Benjamin Franklin…
    Parmi nos contemporains, quels sont ceux que vous aimeriez rencontrer et pourquoi ? 
Toutes les femmes qui s’intéressent à moi… Je plaisante… II y aurait Jorge Luis Borges – non, je ne suis pas sûr que j’aimerais le connaître, son œuvre me suffit.
    Que croyez-vous être ? Que voudriez-vous être ? 
Je crois être Shuji Terayama. Ma profession est Shuji Terayama. Ce que je voudrais être ? Shuji Terayama… Mais un être humain n’est pas un être figé : il est toujours en devenir. Et je veux appliquer la théorie du paradoxe: pour être humain aussi. Vous savez ? Pour attraper la tortue le lapin fait la moitié du chemin, la tortue aussi ; mais le lapin ne rattrape jamais la tortue…. L’être humain veut devenir quelqu’un, mais il fait son chemin, son désir se déforme, se déplace, donc, il n’y arrive jamais.

    Avez-vous un axiome ? 
"La vie n’est qu’adieux" : C’est un vieux proverbe chinois.
    Si vous n’étiez pas auteur-réalisateur de films, de quelle manière aimeriez-vous participer au monde d’aujourd’hui ? 
En étant un révolutionnaire – et pas un homme politique ! Les soi-disant révolutionnaires veulent fonder une nouvelle société et, trop souvent, ne deviennent que des hommes politiques. Les vrais entretiennent l’état de révolution. En un sens, Trotzky était un surréaliste.
    Quels sont, selon vous, vos atouts et vos handicaps ? 
Mes atouts ? Je n’ai pas de famille, je n’ai pas de santé, je n’ai pas d’argent. Mes handicaps ? Les mêmes choses.
    Qu’est-ce qui l’emporte, chez vous, de l’instinct, de l’intelligence, ou de la sensibilité ? 
Je pense que ces trois éléments forment un jus composé; ils ne peuvent être dissociés.
    Quel est votre paysage idéal ? 
La nuit, je suis obsédé par un paysage : j’ouvre une porte et je me trouve au sommet d’un rocher; devant moi, il y a la mer, vide… Ceci est un rêve. Mon vrai paysage idéal comporte une foule, celle d’un champ de courses, celle d’une fête. Je ne suis bien que là où il y a beaucoup de monde; là je peux être seul – en le choisissant, je peux me cacher, m’effacer.

    Qu’est-ce qui vous rebute le plus chez les êtres et dans nos mœurs actuelles ? 
Je n’aime pas les êtres qui se défendent contre les changements, l’évolution, qui figent leur vie et en font une nature morte. Dans nos mœurs, ce qui me rebute, c’est le "chez moi-isme", la tradition, la prudence, le conservatisme tel qu’il &e pratique au Japon où l’on se protège. Ainsi, le Parti Communiste japonais, ça n’est pas du communisme, c’est du conservatisme…
    Où vous situez-vous aujourd’hui, par rapport à vos ambitions et vos rêves ? 
J’ai – et je perds – des ambitions. Je me déplace…
    De quoi vous réjouissez-vous ? 
De me demander quelles nouvelles rencontres humaines m’attendent.
    Quels sont vos projets cinématographiques ? 
J’ai beaucoup d’idées. J’ai cinq projets de films, mais cherche encore le producteur… J’aime les faits-divers que publient les journaux, et j’y trouve souvent le thème de mes films. J’ai ainsi, en tête, plusieurs thèmes : la métamorphose, les murs qui tombent, révolution des enfants, un crime commis par un enfant, Jack l’Étrangleur, le rapport entre un enfant qui découvre une nouvelle comète et la disparition d’un Japonais moyen (peut-être devenu cette comète). J’ai aussi envie de réaliser un film en Europe.

    Vos films sont chargés de symboles que l’on retrouve, de "Jetons les livres»»." à "Cache-cache pastoral". Il y a les rails les horloges, l’adolescent violé, la mère. Pouvez-vous nous en parler ? 
Les rails sont, pour moi, une chose très triste : le bonheur pour les êtres, consiste à se rejoindre, or les rails ne se rejoignent jamais… Pour ce qui est des horloges, depuis mon enfance, j’étais conditionné par elles à travers la famille, la terre; aussi, je voulais condamner les horloges et avoir "mon heure à moi"… Quant à l’adolescent violé, il se peut qu’on puisse devenir adulte en violant mais, en ce qui me concerne, je ne pouvais qu’être violé. Mais dans le prochain film, peut-être, le garçon violera… Et la mère, la mère est comme la coquille de l’œuf ; pour que le poussin sorte, il faut la briser! Au Japon, le matriarcat est très puissant, le père a démissionné, il est souvent mort à la guerre. Bien sûr, ce n’est que ma conception, mais je crois que cela continue. Même dans la religion japonaise, il n’y a pas de dieu qui représente le père. En Occident, c’est l’élevage qui l’emporte, et c’est un principe paternel. Le Japon, lui, a été un pays d’agriculture, qui ressemble à la matrice maternelle. Parfois, au Japon, on appelle le corps maternel le "champ". Et "Cache-cache Pastoral" évoque la terre, 1a culture, les saisons, le renouveau, la floraison, la Mère…

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