• UNE ESSENCE DE CIEL, POÉTIQUE ET POLITIQUE, DE L'ESSENTIEL

    Tigran Hamasyan - Portrait Musicien Website clique ici

    L'ARMÉNIE, PAR LA GRÂCE DE DIEUTIGRAN HAMASYAN de Vincent Moon / Petites Planètes

    Né le 17 juillet 1987 à Gyumri en Arménie, Tigran Hamasyan est un pianiste de jazz arménien . En 1997, quand sa famille déménage à Erevan, la capitale, il étudie Duke Ellington, Thelonious Monk, Charlie Parker, Art Tatum, Miles Davis, Bud Powell. Grâce à son premier prix de piano-jazz emporté en 2006 au Thelonious Monk Institute of Jazz, il entre à l'Université de Californie du Sud à Los Angeles où il commence à étudier en profondeur et en parallèle le jazz contemporain et la musique arménienne. La même année il publie son deuxième album, New Era, accompagné de François Moutin et Louis Moutin, avec l'apparition de Vardan Grigoryan au duduk. Il s'installe à New York en 2008. Il se produit en 2011 dans de grands festivals comme Jazz in Marciac, Montreux, Montréal pour la 3e année consécutive, ainsi qu'au Tokyo Jazz Festival, en Arménie, au Royaume-Uni (Queen Elizabeth Hall) ou encore en Allemagne. Source Wikipedia

    Dicographie

     World Passion, 2006
    New Era avec François Moutin, Louis Moutin, Vardan Grigoryan, 2008
     Red Hail - Aratta Rebirth, 2009
    A Fable, 2011
    Shadow Theater - Universal 2013:

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    © studio point to point

    « ORDRE INTÉRIEUR ORDRE SOCIAL 1 HEURE 22 MINUTES, AVANT DE SE RENDRE AUX URNES.MOON VINCENT MUSICIEN DE MOUVEMENTS »

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  • Commentaires

    1
    Lundi 14 Avril 2014 à 01:11
    berceuse de Tigran
    Dans la berceuse, la voix est première. L’accompagnement est second. La berceuse appelle le murmure, plus que le chant, la proximité du corps, le prolongement par le geste tendre ou réconfortant. La caresse et l’oscillement. Il y a toujours quelque chose d’une gageure pour un musicien de cet acabit de se confronter à une telle forme musicale. Elle demande de la retenue et de la fragilité, deux qualités dont Tigran Hamasyan fait ici preuve avec une grâce sans artifice. Il les tient par sa manière de convoquer le silence, de travailler sur la résonance, ou de se mettre dans une situation de relatif inconfort : c’est un pianiste qui met cette voix, parfois tremblante et approximative, au centre de l’interprétation, et qui délaisse d’abord le clavier, pour jouer avec ce piano, ainsi ouvert : l’intérieur de la caisse, les marteaux recouverts de feutre, les chevalets, les agrafes et les cordes tendues qu’il pince avec une pièce d’un autre territoire. Lorsque Tigran Hamasyan approche sa tête de la table d’harmonie, pour faire résonner les cordes à l’unisson avec la voix, je pense à nouveau à José Bergamín. Bergamín voyait volontiers dans le piano un cercueil dans lequel on aurait enterré secrètement une harpe, une harpe ou une lyre dont il dit qu’elle est l’âme de poésie. Cela remonte à Orphée. “Abyssale et sous-marine, couchée sur sa queue de sirène, ou bien souterraine et infernale, paradisiaque et terrestre“, elle “rêve depuis sa cachette harmonieuse, entre quatre planches, entre quatre murs de lumineusement ressusciter” [2] . ////////////////////////////////////// Tout au long de cette séquence, il me semble que Tigran Hamasyan rend le piano à son devenir lyre ou son devenir harpe : harpe d’abord arrachée à la mécanique des marteaux, pincée dans un fragile et intime scintillement, puis emportée dans l’euphorique du plein majeur, des hymnes à la joie, et des mouvements ascensionnels, puis délicatement lâchée dans cette reprise qui révèle les aspérités et les creux du mineur, pour venir s’échouer, comme sous un effet de la pesanteur, sur cette note étouffée, frappée comme les trois coups d’une représentation théâtrale ; une note bien moins conclusive qu’elle ne semblerait annoncer en réalité un commencement. Avec cette interprétation toute en anamorphoses, Hamasyan semble extraire de cette courte et simple mélodie, tous les états de l’âme humaine. Il la presse mais sans l’assécher dans un acte qui tient de l’exhumation et de la création : il la caresse, la manipule, l’étire. Talishi oror redevient notre contemporaine, ni figée dans la forme classique du Lied pour voix et piano, ni dans cette tentation un peu vaine de reconstituer un passé ou une origine en la jouant sur ces instruments traditionnels. C’est peut-être cela, le “lendemain des folklores” [3] . En écartant duduk, oud ou kamanche, et en explorant toutes les virtualités sonores et modales de son instrument, Tigran Hamasyan tire amoureusement la mélodie de son repos mélancolique et la rend à sa vibrionnante mais aussi indécise clarté. Il nous adresse d’Erevan une berceuse qui est un vrai rite de passage mais dont la signification semble inversée. Elle n’est non pas ce chant qui accompagne le repos et annonce l’avènement du temps des songes, mais celui qui accueille un réveil et nous invite à nous lever et à peupler nos journées avec ce que nous y avons puisé : la césure qu’induit toute expérience de la nuit et le goût des unions merveilleuses. ////////////////////////////////////////////////// La césure et l’union. Ararat est de l’autre côté de la frontière, mais il n’est pas un endroit d’Erevan où l’on ne l’aperçoive. Cette version de Talishi Oror nous dit peut-être aussi quelque chose des hommes, des cultures et de leurs rapports aux frontières géo-politiques, à l’heure des états-nations. ////////////////////////////////////////////////// La plupart des contes arméniens s’achèvent par la chute de trois pommes : la première tombe pour celui qui a conté, la seconde pour celui qui a écouté, et la troisième pour celui qui a compris. Ossip Mandelstam dit que la plupart d’entre eux ont aussi été composés à Achtarak. Si on vous dit que Moon et Hamasyan ont passé le reste de l’après-midi à boire et à écouter des disques, vous le croirez sans peine.
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