• GEORG TRAKL TEXTES-POÈSIES

    Georg Trakl - 3 février 1887, 3 novembre 1914 - Portrait Point to Point Studio

    Rêve du Mal de Georg Trakl

    Rêve du Mal de Georg Trakl

     Soyez maudits, sombres poisons,
    Blanc sommeil
    Ce très étrange jardin
    D'arbres crépusculaires
    Empli de serpents, de phalènes
    D'araignées, de chauve-souris.
    Étranger ! Ton ombre perdue
    Dans le couchant,
    Ténébreux corsaire
    Sur la mer salée de l'affliction.
    S'envolent des oiseaux blancs à l'orée de la nuit
    Sur l'écroulement des villes d'acier.

    LA ROSÉE DU PRINTEMPS

    La rosée du printemps qui tombe
    Des branches sombres, vient la nuit
    Avec ses éclats d’étoiles, alors que tu as oublié la lumière

    Sous la voûte d’épines tu étais couché et le dard s’enfonça
    Profond dans le corps de cristal
    Pour que plus ardente l’âme épouse la nuit.

    La fiancée d’étoiles s’est parée,
    Le myrte pur
    Qui s’incline sur le visage adorant du mort.

    Plein de frissons qui fleurissent
    T’enveloppe enfin le manteau bleu de la souveraine.
     
      Georg Trakl, Poèmes épars, 1912-1914 Éditions Gallimard

    De nuit

    Le bleu de mes yeux s’est éteint dans cette nuit,
    L’or rouge de mon cœur. O ! Le silence de la lampe allumée.
    Ton manteau bleu enveloppa celui qui tombait.
    Tes lèvres rouges scellèrent l’enténèbrement de l’ami.

    Nachts

    Die Bläue meiner Augen ist erloschen in dieser Nacht,
    Das rote Gold meines Herzens. O! wie stille brannte das Licht.
    Dein blauer Mantel umfing den Sinkenden;
    Dein roter Mund besiegelte des Freundes Umnachtung.

    Georg Trakl, traduction Guillevic-Éditions Obsidiane  

    Vers le soir les forêts de l'automne retentissent
    D'armes tueuses, les plaines d'or
    Et les lacs bleus où s'abîme un soleil
    Plus lugubre ; la nuit cerne
    Des guerriers mourants, la farouche plainte
    De leurs bouches brisées.
    Mais sans bruit, dans le creux des pâturages,
    Rouge nue où trône un dieu courroucé,
    S'amasse le sang répandu, fraîcheur de lune ;
    Tous les chemins débouchent dans une noire pourriture.
    Sous les ramures d'or de la nuit et des étoiles
    L'ombre de la sœur s'en vient par le bois muet, chancelante,
    Saluer les âmes des héros,
    les têtes ensanglantées,
    Et doucement sonnent aux roseaux les sombres flûtes de l'automne.
    O deuil où la fierté s'exalte ! O vous autels d'airain !
    Une vaste douleur nourrit en ce jour la flamme ardente de l'esprit,
    Les descendants non nés encore.
     
    Georg Trakl, Vingt-quatre poèmes, préface et traduction de
    Gustave Roud, La Délirante, 1978, dans la revue de belles-lettres, p. 179.
     
    -------
     
    Le soir résonnent les fêtes automnales
    D'armes et de mort, les plaines dorées,
    Les lacs bleus, plus sinistre le soleil
    Roule au-dessus d'eaux ; la nuit entoure
    Des guerriers mourants, la plainte sauvage
    De leurs bouches cassées.
    Cependant se rassemble sans bruit dans les pâtures du vallon
    De la nuée rouge où habite un Dieu furieux,
    Le sang versé, du froid lunaire ;
    Toutes les routes débouchent sur la pourriture noire.
    Sous les ramures dorées de la nuit et des étoiles
    L'ombre de la sœur chancelle à travers le bois silencieux,
    Pour saluer les esprits des héros, les têtes ensanglantées ;
    Et doucement résonnent dans les roseaux les sombres flûtes de
                                                                                [l'automne.
    O deuil plus fier, vous autels d'airain !
    Une douleur puissante nourrit aujourd'hui la chaude flamme de
                                                                                    [l'esprit,
    Les descendants qui ne sont pas nés.
     
    Georg Trakl, Poèmes, traduits et présentés par Guillevic, Obsidiane, 1989, dans la revue de belles-lettres, p. 182..
     
     
    Grodek
     
    Am Abend tönen die herbstlichen Wälder
    Von tödlichen Waffen, die goldnen Ebenen
    Und blauen Seen, darüber die Sonne
    Düstrer hinrollt; umfängt die Nacht
    Sterbende Krieger, die wilde Klage
    Ihrer zerbrochenen Münder.
    Doch stille sammelt im Weidengrund
    Rotes Gewolk; darin ein zürnender Gott wohnt
    Das vergoßne Blut sich, mondne Kühle,
    Alle Straßen münden in schwarze Verwesung.
    Unter goldnem Gezweig der Nacht und Sternen
    Es schwankt des Schwester Schatten durch den schweigenden Hain.
    Zu grüßen die Geister der Helden, die blutenden Häupter;
    Und leiser tönen im Rohr die dunklen Flöten des Herbstes.
    O stolzere Trauer! ihr ehernen Altäre,
    Die heiße Flamme des Geistes nährt heute ein gewaltiger Schmerz,
    Die ungebornen Enkel.
     
    la revue de belles-lettres, 2014, I, Lausanne, p. 176.

    + d'infos

    Poète autrichien, il incarne le poète maudit, hanté par un amour incestueux dévoué à sa sœur Maragarete, drogué à l’absinthe et à l’opium, il eut une existence brève et tragique.
    Envoyé sur le front russe, face à l'horreur des massacres auxquels il assiste, il tente de mettre fin à ses jours, il sera interné et tente à nouveau de se suicider. Il meurt à l’hôpital de Cracovie Le 3 Novembre1914 d'une overdose.

    Georg_Trakl_Poems.pdf

    Georg trakl Bio wikipedia

    Georg Trakl poète sombre

    « Qu’importe, si, pris de vin, tu laisses choir ta tête dans l’égout »  

    Georg Trakl "Révélation et anéantissement" mise en musique Étant Donnés

    Georg Trakl poet

    © studio point to point XXI°

     

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