• DRAWING ROOM SALON DU DESSIN MONTPELLIER FROM POINT TO POINT

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    Lundi 9 Décembre 2013 à 03:57
    Kant et l’esthétique du dessin
    C’est peut-être pour cette raison qu’au XVIIIe siècle, l’orthographe « dessein », qui désigne à la fois le croquis et le projet, disparaît pour laisser la place à « dessin », distinguant ainsi clairement l’œuvre désormais autonome de ce qui n’est qu’un projet pour un tableau non encore réalisé, comme le remarque, s’étonnant de cette double orthographe, La Font de Saint-Yenne dès 1752 (25). On perçoit ainsi combien il est superficiel d’expliquer la préférence pour le dessin par le goût de l’époque, tant le goût, par l’énigme de ses transformations, nécessite lui-même une explication préalable. C’est en effet un fait qui demande explication que cet avènement, au XVIIIe siècle, de la souveraineté du dessin. Si bien que, plutôt que de rapporter le texte de Kant à cet épanouissement, il serait inversement judicieux de chercher les raisons de cette nouvelle orientation du goût dans la révolution esthétique accomplie par la troisième Critique elle-même. Revenons au § 14. Kant y justifie sa préférence pour le dessin par la soumission de la couleur aux exigences de la belle forme (die schöne Form) : « Les couleurs sont dans la plupart des cas extrêmement limitées par ce que requiert la belle forme, et même là où l’on tolère l’attrait, c’est par la forme seule que les couleurs obtiennent leur noblesse. » Au matérialisme du barbare, qui se laisse corrompre par l’attraction que l’agréable exerce sur le goût, s’oppose ainsi le formalisme, mais aussi l’intellectualisme d’un goût pur, c’est-à-dire désintéressé, qui a su préserver une admiration innocente pour la beauté des formes. Le sauvage, cette créature hypothétique qui hante le XVIIIe siècle, est donc selon Kant un intellectuel, et la couleur est un fard qui vise à séduire et gâte le pur plaisir esthétique en intéressant à l’existence de l’objet, c’est-à-dire à sa possession et à sa consommation. Paragraphe 42, « De l’intérêt intellectuel concernant le beau » : « Celui qui, dans la solitude [...] contemple la belle forme d’une fleur sauvage, d’un oiseau, d’un insecte, etc., afin de les admirer, de les aimer [...] celui-là seul prend un intérêt immédiat et en vérité intellectuel à la beauté de la nature. ».
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