• ART PROLETARIEN 1923, MANIFESTE DE THÉO VAN DOESBURG, KURT SCHWITTERS, CHRISTOPHE SPENGEMANN, TRISTAN TZARA

     Théo Van Doesburg [années 1920 -+]

    MANIFESTE  ART PROLETARIEN
    La Haye, 6 mars 1923

     
    Un art qui se réfère à une classe déterminée d'hommes n'existe pas, et existerai-il, il serait sans importance pour la vie.


    A ceux qui veulent créer un art prolétarien, nous demandons: " Qu'est-ce que l'art prolétarien?" Est-ce l'art fait par les prolétaires eux-mêmes? Ou un art ne servant que le prolétariat? Ou un art destiné à éveiller les instincts prolétariens (révolutionnaires)? Il n'existe pas d'art fait par les prolétaires parce qu'un prolétaire qui crée de l'art n'est plus un prolétaire mais un artiste. L'artiste n'est ni prolétaire ni bourgeois et ce qu'il crée n'appartient ni au prolétariat ni à la bourgeoisie mais à tous. L'art est une fonction spirituelle de l'homme et vise à le délivrer du chaos de la vie (du tragique). L'art est libre dans l'utilisation de ses moyens mais lié à ses lois propres et à ses lois propres seulement, et sitôt qu'une oeuvre est une oeuvre d'art, elle est bien au-dessus des différences de classes prolétariat-bourgeoisie. Si l'art devait servir exclusivement le prolétariat, en dehors du fait que le prolétariat est contaminé par les goûts de la bourgeoisie, cet art serait alors aussi limité qu'un art spécifiquement bourgeois. Un tel art ne serait pas universel, ne prendrait pas ses racines dans le sentiment national universel mais dans des considérations individuelles, sociales, limitées dans le temps et dans l'espace.
    Si l'art devait éveiller des instincts de tendance prolétarienne, il se servirait au fond des mêmes moyens que l'art religieux ou nationaliste. Aussi banal que cela paraisse, au fond, il revient au même de peindre une Armée rouge avec Trotski à sa tête ou une armée impériale avec Napoléon à sa tête. Pour la valeur d'un tableau en tant qu'oeuvre d'art, il n'est pas nécessaire d'éveiller des instincts prolétariens ou des sentiments patriotiques. L'un comme l'autre sont, du point de vue de l'art, une escroquerie.
     
    L'art a pour seul devoir d'éveiller par ses propres moyens les énergies créatrices de l'homme, son but est la maturité de l'homme, non pas celle du prolétaire ou du bourgeois. Seuls les faibles talents sont amenés, par manque de culture et par étroitesse de vue, à produire de manière bornée quelque chose comme de l'art prolétarien (de la politique en peinture). L'artiste, lui, renonce au champ spécifique des organisations sociales.
     
    L'art que nous voulons, l'art n'est ni prolétarien ni bourgeois parce qu'il doit développer des énergies assez fortes pour influer sur l'ensemble de la culture au lieu de se laisser influencer par les rapports sociaux. Le prolétariat est un état qui doit être dépassé, la bourgeoisie est un état qui doit être dépassé. Mais les prolétaires qui imitent le Bourge'kult avec leur Prolet'kult sont précisément ceux-là mêmes qui soutiennent cette culture pourrie de la bourgeoisie et ce, sans en être conscients; au détriment de l'art et au détriment de la culture.


    Avec leur attachement conservateur à de vieilles formes d'expression qui ont fait leur temps et avec le dégoût absolument incompréhensible qu'ils éprouvent pour l'art nouveau, ils maintiennent en vie ce que, à en croire leurs manifestes, ils prétendent combattre: la culture bourgeoise. C'est ainsi que l'on en vient à ce que le sentimentalisme bourgeois et le romantisme bourgeois, malgré les efforts persévérants des artistes radicaux pour les abroger, n'en continuent pas moins d'exister et même d'être à nouveau cultivés et entretenus.


    Le communisme est aujourd'hui une cause déjà aussi bourgeoise que le socialisme majoritaire, c'est-à-dire le capitalisme nouvelle formule. La bourgeoisie utilise l'appareil communiste, qui n'est pas une invention du prolétariat mais de la bourgeoisie, dans le but de servir à la rénovation de sa culture en décomposition (la Russie). En conséquence, l'artiste prolétairarien ne se bat ni pour l'art ni pour une nouvelle vie à venir mais pour la bourgeoisie. Toute oeuvre d'art prolétarienne n'est rien qu'une affiche publicitaire pour la bourgeoisie.


    Tristan Tzara [années 1915/20]
    Ce que nous préparons au contraire est l'oeuvre d'art totale, qui se propulse largement au-dessus de toutes les affiches publicitaires, qu'elles vantent les mérites du champagne, de Dada ou de la dictature communiste.

    Kurt Schwitters [années 1930 -+]


     
    Manifeste signé de Théo Van Doesburg, Kurt Schwitters, Christophe Spengemann, Tristan Tzara
    Traduction de Marc Dachy 1990 et 6 mars 1993.CC Nicolas Furstenberger

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